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L’habitat intercalaire permettra-t-il d’en finir avec les campements de rue ?

par Sébastien Fournier
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Face à la crise du logement, devant le nombre de personnes à la rue et celui des logements vacants, il faut faire preuve d’imagination et écouter le bon sens. À l’heure où les expérimentations d’urbanisme transitoire fleurissent dans les grandes villes, son pendant social se développe grâce aux acteurs de l’hébergement d’urgence : c’est l’habitat intercalaire, celui qui s’intercale entre le lancement d’un projet immobilier et le début des travaux.

Par Cécile Perrin

Six bâtiments bardés de bois et huit yourtes ont poussé à Ivry-sur-Seine en 2016 sur les anciens bassins filtrants d’une usine de traitement d’eau appartenant à la Ville de Paris. Le terrain sélectionné dans l’appel à projets « Réinventer la Seine » est situé sur la future ZAC Ivry Confluences. Dans l’attente des grues, prévues en 2022, l’association Emmaüs Solidarité a conclu une convention avec la mairie de Paris pour y installer des constructions modulaires sur pilotis. Après 5 mois de travaux, 400 personnes, migrants et roms, peuvent être accueillies dans une sorte de village équipé d’une école. Sur les années 2017 et 2018, près de 3 200 personnes en ont bénéficié, dont 1 259 enfants. Ce projet de grande envergure par sa taille et sa durée constitue un exemple d’habitat intercalaire. Il est présenté en détails dans un guide diffusé gratuitement par l’Association francilienne pour favoriser l’insertion par le logement (Affil). C’est le cas d’autres projets comme l’hébergement dans des studios d’une ancienne maison de retraite d’une dizaine de jeunes de 16 à 20 ans, issus de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). « Nous avons lancé une étude avec la Drihl (direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement) entre fin 2017 et septembre 2019 pour recenser les expériences », indique Bruno Morel, président de l’Affil et directeur général d’Emmaüs Solidarité. « Il s’agit de montrer comment développer ce type de solution. » Objectif : multiplier les expériences pour en finir avec les campements de rue.

L’urbanisme transitoire à vocation sociale

« Le sujet est prioritaire puisqu’il y a toujours autant de personnes à la rue. Emmaüs Solidaire, l’association que je dirige, ouvre tous les hivers des hébergements temporaires, rappelle Bruno Morel. Le gouvernement, dans son plan pour l’hiver 2019, dit qu’il va ouvrir 7 000 places en Île-de-France. » L’habitat intercalaire vient répondre à ce besoin en utilisant des immeubles ou des terrains temporairement vacants. Alors que les militants du DAL, Droit au logement, occupent des sites sans autorisation, les promoteurs de l’habitat intercalaire insistent sur son caractère organisé, encadré par des professionnels, expérimentés, et sur l’engagement de libérer les lieux à une date déterminée. Le concept s’appuie sur des partenaires : d’abord le propriétaire, qui peut être une collectivité, un bailleur, repère un site qui va rester vide un certain temps, par exemple dans l’attente de travaux. Il en informe les acteurs de l’hébergement d’urgence, généralement des associations, qui vont gérer l’occupation temporaire, tandis que l’État sera garant et financeur des opérations d’installation et d’occupation. Quant aux bénéficiaires, ce sont des personnes en situation de fragilité qui…

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