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La détermination des élus urbains

par Sébastien Fournier
Les élus de France urbaine autour de Jean Castex, à Nantes
Temps de lecture : 3 minutes

Les maires de grandes villes et présidents de métropoles se sont réunis à Nantes lors de leurs traditionnelles journées organisées par France urbaine, l’association qui les regroupe. Alors que leurs marges de manœuvre se sont réduites avec la crise, les élus urbains ont demandé au gouvernement des moyens financiers supplémentaires. Le Premier ministre s’est engagé à leur en donner.

Ils ne s’étaient pas rassemblés depuis deux ans. Les maires de grandes villes et présidents de métropoles, réunis au sein de l’association France urbaine, ont tenu leurs journées annuelles à Nantes les 9 et 10 juin, après une année d’interruption due au Covid-19. Le moment était attendu, mais pas seulement en raison du contexte sanitaire. Dernier rendez-vous sous le mandat d’Emmanuel Macron, ces journées étaient les premières pour Johanna Rolland, la présidente de l’association, élue à la tête du groupement après le renouvellement en 2020 des équipes municipales.

Pour autant, France urbaine n’a pas cherché à révolutionner l’exercice. Fidèle à sa ligne politique, l’association a exposé derechef sa vision de la décentralisation et montré tout l’intérêt que revêt une relation État-Collectivités renouvelée. Durant ces deux jours, les élus ont vanté leur capacité d’action face à un État « technocrate », éloigné des réalités et imposant des lois et des normes « pensées dans des bureaux ». « Donnez-nous les clés du camion », a martelé Jean-Luc Moudenc, le maire LR de Toulouse et premier vice-président de France urbaine en s’adressant au Premier ministre venu clôturer la manifestation.

Les territoires engagés durant la crise

Les élus ont profité de sa présence pour réclamer des moyens financiers supplémentaires, notamment pour la mobilité qui a grandement souffert de la crise. « Nos capacités d’autofinancement ont été largement obérées par les charges que nous avons été obligés d’assumer », a ajouté Johanna Rolland, évoquant l’engagement des élus urbains durant ces deux années de pandémie. Déterminée et pugnace, elle a aussi enjoint le Premier ministre de laisser les territoires urbains expérimenter des solutions nouvelles pour lutter contre la pauvreté des jeunes.

Jean-Luc Moudenc et Johanna Rolland à Nantes

Jean-Luc Moudenc et Johanna Rolland à Nantes le 10 septembre © OMF

Jean Castex a accédé en partie à leur demande. Il a annoncé une enveloppe supplémentaire de 400 millions d’euros pour les transports publics en régions. Il s’est par ailleurs engagé, sans plus de précision, à ce que la situation financière des grandes villes soit prise en compte dans les soutiens de l’État. Quelques heures plus tôt, devant les élus des petites villes réunis à Cenon (Gironde), Jean Castex avait confirmé un abondement de 350 millions d’euros, en 2022, de la dotation de soutien à l’investissement local (Dsil). En revanche, sur la pauvreté des jeunes, il s’est opposé à toute expérimentation d’un RSA préférant « mobiliser tous les outils d’insertion pour amener de plus en plus de jeunes vers l’emploi ».

« Du fond de cœur, merci ! »

Durant son long discours, le Premier ministre n’a pas tari d’éloges à l’endroit des élus urbains. Il a salué leur « forte » mobilisation dans la gestion de la crise sanitaire. « Je vous dis ma gratitude, du fond de cœur, merci ! », leur a-t-il lancé, avant de leur demander encore de l’aide pour lever les derniers obstacles sur la vaccination. Jean Castex a en outre dressé le bilan de son action à Matignon, témoignant selon lui d’un changement de méthode avec les collectivités locales. A titre d’exemple, il a cité le projet de loi 3DS qui devrait, en partie, ouvrir la voie à la différenciation territoriale. Une démonstration peu convaincante pour les élus qui considèrent le texte peu audacieux.

En réalité, France urbaine à une idée précise sur la méthode. Et elle compte le faire savoir. L’association a confié le soin à Nathalie Appéré, maire PS de Rennes, et Martine Vassal, présidente LR de la métropole Aix-Marseille-Provence, de travailler sur « des pistes d’évolution institutionnelle ». « Je vous dis ma totale disponibilité », a assuré Jean Castex. A l’évidence, à quelques mois de l’échéance présidentielle, le gouvernement ne veut pas se fâcher avec les élus locaux.

« Stop au métropole bashing ! »

Jean-Luc Moudenc n’a pas mâché ses mots. « La cause des grandes villes et des métropoles n’est pas très à la mode aujourd’hui, a-t-il regretté, mais elles sont utiles à la France ». Récusant l’idée qu’elles seraient « urbano-centrées », il a exhorté le Premier ministre à ne pas les laisser tomber. « Nous soutenons l’intercommunalité, elle est la commune autrement », lui a répondu Jean Castex.

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