En seulement trois éditions, le concours Inventons la Métropole du Grand Paris métamorphose le territoire. Des sites complexes, trop coûteux à réhabiliter pour des communes seules, sont entièrement repensés. Le résultat est éloquent : l’innovation donne le ton, des projets emblématiques voient le jour, près de 10 milliards d’euros sont mobilisés par les acteurs privés. Au total, pas moins de 109 zones interstitielles vont être remises en mouvement.
Par Aurélie Taupin
Jacques-Alain Bénisti, vice-président délégué Inventons la métropole du Grand Paris et grandes opérations métropolitaines, le rappelle d’entrée de jeu : « Ce concours vise à faire la ville sur la ville tout en réparant les fractures du territoire ».
Pour comprendre pourquoi et comment Inventons la Métropole du Grand Paris (IMGP) a permis à la Métropole d’aider des maires, tout en affirmant son rôle sur des projets d’ampleur participant à l’attractivité de son territoire, il nous faut revenir près de 10 ans en arrière, quand la MGP a vu le jour en janvier 2016.
« Ce concours vise à faire la ville sur la ville tout en réparant les fractures du territoire », Jacques-Alain Bénisti, vice-président délégué Inventons la métropole du Grand Paris et grandes opérations métropolitaines.
Les prémices de ce qui est aujourd’hui devenu le premier concours d’architecture et d’urbanisme d’Europe et le troisième du monde, sont en effet historiquement liées à la création de la Métropole du Grand Paris (MGP). L’idée d’un programme dédié au développement économique du territoire émerge dès le mois de février 2016 à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris par l’un de ses membres, Dominique Restino, devenu depuis président de l’institution.
Patrick Ollier, Président de la MGP, s’empare de la proposition et confie à Jacques Alain Bénisti la mise en place d’un appel à projet d’une ampleur inédite reposant sur une ambition : mettre l’architecture et l’urbanisme au service du rééquilibrage territorial.
Le façonnage d’un outil de développement
Le Délégué voit immédiatement l’effet de levier que peut représenter un tel dispositif. Avec le président, ils définissent les enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Puis ils dégagent plusieurs thématiques afin de permettre aux équipes qui candidatent de se positionner : transition écologique, inclusion sociale, résilience notamment. Le principe est clair : penser la ville durable et solidaire, à l’échelle de la Métropole. Il s’agit autant d’encourager des réflexions autour de l’amélioration de la qualité de vie, que de la valorisation des potentiels locaux.
Le Vice-Président se souvient : « Avec Patrick Ollier, nous voulions que la Métropole soit un facilitateur de projets. On a donc lancé le concours en octobre 2016 en s’adressant aux maires, afin qu’ils viennent nous voir avec leurs équipes municipales ». Cependant, cette première approche s’élargit rapidement : un appel est lancé auprès des architectes qui travaillent sur de grands projets, puis un encore un autre auprès des opérateurs – promoteurs, bureaux d’études, start up et autres – en difficulté sur certains programmes.
La première édition Inventons la Métropole du Grand Paris (IMGP1) est un succès : 27 villes concernées, 55 sites retenus, 7,2 milliards d’euros d’investissements privés et, concrètement, 2,6 millions de mètres carrés de surface de plancher doivent voir le jour sur 220 hectares de terrain.
En quelques mois, la MGP reçoit 420 candidatures, et le 18 octobre 2017, après deux phases de sélection, 54 projets sont lauréats. La première édition Inventons la Métropole du Grand Paris (IMGP1) est un succès : 27 villes concernées, 55 sites retenus, 7,2 milliards d’euros d’investissements privés et, concrètement, 2,6 millions de mètres carrés de surface de plancher doivent voir le jour sur 220 hectares de terrain.
IMGP1 à travers un exemple concret
Parmi les lauréats figure un projet à Villiers-sur-Marne. Jacques-Alain Bénisti, par ailleurs maire de la ville, se souvient des difficultés qui se présentaient : « Imaginez un terrain de 17 hectares appartenant à l’État. Pendant des décennies, il a servi de déchèterie à ciel ouvert. Les entreprises de BTP venaient y déverser leur gravats. Amiante, hydrocarbure, mazout… La terre a été tellement profondément contaminée qu’il fallait tout dépolluer. Un chantier titanesque de plus de 70M€, impensable à porter pour une municipalité de 30 000 habitants. »
Or le site présente un fort potentiel pour développer de nouveaux aménagements. Situé à 20 minutes de la capitale, il est en connexion aisée avec des infrastructures clés du territoire comme l’aéroport Charles de Gaulle. L’argument convainc le jury du concours. Grâce à l’appui de la Métropole et la mobilisation de partenaires publics et privés, le projet prend forme. Huit ans plus tard, il sort de terre : 5 tours de 17 étages pour 9 000 m2 de bureaux, 1 000 logements, et des commerces. Puis, au centre, un jardin métropolitain sur une terre entièrement renouvelée. La fierté s’entend dans la voix de l’élu, visiblement ému de présenter l’aboutissement de ce projet.
Une réussite en amène une autre
Fort du succès de la première édition d’IMGP, une seconde est lancée en 2018. Elle s’inscrit dans la même dynamique : un appel à projet ouvert à des équipes mixtes – architectes, promoteurs, investisseurs, utilisateurs, start up, chercheurs, associations, voire PME – autour de projets urbains répartis sur l’ensemble du territoire, incarnant l’identité métropolitaine et misant sur le renouveau et l’innovation. Résultat : 224 équipes concourent, avec une moyenne de 8 candidatures par site, et au final, 27 sont sélectionnées au titre de lauréats IMGP 2.
Inventons la Métropole du Grand Paris confirme son rayonnement et à travers lui, celui de la Métropole. Plus encore, la MGP s’impose dans une démarche partenariale aussi bien avec les communes qui la composent qu’avec les acteurs de la fabrique de la ville.
Inventons la Métropole du Grand Paris confirme son rayonnement et à travers lui, celui de la Métropole. Plus encore, la MGP s’impose dans une démarche partenariale aussi bien avec les communes qui la composent qu’avec les acteurs de la fabrique de la ville.
Dans la continuité de la dynamique engagée, une troisième édition du concours est planifiée. Mais les crises successives – pandémie, inflation, guerre en Ukraine avec comme corollaire l’augmentation du coût des matériaux – viennent bousculer le calendrier. Malgré les reports, la Métropole tient bon et lance IMGP 3 en 2022.
La MGP, une expertise prouvée
« Il s’agissait d’une édition particulière, pointe Jacques Alain Bénisti. La focale était mise sur la question de la réversibilité pour les villes confrontées à une vacance de bureaux. Ainsi, les architectes se sont concentrés sur la transformation de ces espaces en logements. » De plus, au fil des deux premières éditions, la MGP s’est dotée d’équipes d’experts. Elle dispose désormais de professionnels capables d’accompagner ces transformations tout en les rendant attractifs. Cette ingénierie séduit les élus. De nouveaux sites sont alors identifiés comme porteurs de potentiel. Des lieux laissés longtemps en sommeil, appartenant à la SNCF, à la RATP ou à d’autres établissements publics ou privés, voire à l’État. Cet appel d’air produit ses effets : le concours voit une nouvelle fois de très beaux projets émerger. Au final, 14 sont distingués.
Chaque chantier transforme en profondeur le territoire. Non seulement, les communes concernées en sortent valorisées, mais les fractures métropolitaines sont réduites
Ce concours est exceptionnel de par son ampleur. Chaque chantier transforme en profondeur le territoire. Non seulement, les communes concernées en sortent valorisées, mais les fractures métropolitaines sont réduites. De surcroit, la MGP s’affirme comme un acteur central de l’aménagement métropolitain : elle démontre sa capacité à accompagner des opérations urbaines et architecturales complexes porteuses d’avenir.
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