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« L’Etat ne va pas mettre d’argent dans le système marseillais (…), il va contrôler son usage »

par Sébastien Fournier
Jean Viard
Temps de lecture : 3 minutes

Le sociologue Jean Viard, ancien élu marseillais, juge favorablement les annonces d’Emmanuel Macron au profit de Marseille. Si les sujets sont connus depuis longtemps, il estime que la méthode proposée par le chef de l’Etat est nouvelle. Il s’agit selon lui d’une véritable opportunité pour – enfin – sortir la deuxième ville de France de ses difficultés.

Propos recueillis par Sébastien Fournier

Que pensez-vous du plan d’Emmanuel Macron pour aider Marseille ?

Il y a deux choses. D’abord, il n’a pas mis l’argent où on l’attendait. La mairie avait demandé 1 milliard d’euros pour les écoles. Or, il a été vague sur la contribution de l’État sur ce sujet. Mais il a annoncé la création d’une société de gestion qui va gérer l’utilisation des fonds. En fait, il met Marseille sous tutelle. Ensuite, sur les transports, il a promis 1 milliard d’euros, pour des projets qui avaient déjà été évoqués par Jean-Marc Ayrault (ancien Premier ministre de François Hollande, ndlr), mais c’est à la condition qu’il y ait une réorganisation de la métropole Aix-Marseille-Provence.

« Le problème de cette ville, c’est qu’elle a été gérée par un parti politique qui a arrosé ses propres quartiers depuis 25 ans. Ce que propose le président de la République, c’est de garder le contrôle sur l’argent injecté tout en laissant les élus locaux aux avant-postes. »

En gros, à la différence des plans précédents, l’État ne va pas mettre d’argent dans le système marseillais. Le problème de cette ville, c’est qu’elle a été gérée par un parti politique qui a arrosé ses propres quartiers depuis 25 ans. Les autres n’ont rien eu. C’est inimaginable comme mode de gestion publique. Ce que propose le président de la République, c’est de garder le contrôle sur l’argent injecté tout en laissant les élus locaux aux avant-postes. C’est peut-être le bon moyen de changer les choses. En tout cas, c’est un premier pas.

L’Etat (à nouveau) au chevet de Marseille

Marseille peut-elle s’en sortir ?

Les moyens qui sont déployés me paraissent intéressants. Il y a de l’argent mis sur la table pour les écoles et les transports mais il y en aussi pour la sécurité, la réhabilitation urbaine, la santé… Ce qui me paraît pertinent, c’est de revenir à l’idée que Marseille est un laboratoire innovant. Il y a une véritable tradition dans cette ville. Actuellement, 10 000 jeunes, souvent parisiens, très diplômés, arrivent tous les ans à Marseille parce que la ville a une forme de vitalité et présente une certaine originalité. Sa créativité attire une grande partie de la jeunesse qui n’a pas envie de villes normées. Le président de la République l’a bien saisi. Il y a une belle opportunité.

Que pensez-vous de la proposition d’Emmanuel Macron de laisser le choix des enseignants aux directeurs d’école ?

C’est indispensable. Je pense que, dans les quartiers populaires, il est essentiel de construire des équipes autour d’un projet. Sans doute en les intéressant financièrement. Je ne comprends pas qu’on ne l’ait pas fait plus tôt.

Emmanuel Macron a critiqué les problèmes de gouvernance de la métropole sur lesquels l’Etat semble avoir longtemps fermé les yeux. N’en est-il pas aussi responsable ?

Cette métropole est une véritable caricature. C’est une machine à redistribution, c’est-à-dire que tout l’argent mis en commun est redistribué aux communes. Le système marseillais est politique et clientéliste. Il n’y a pas de culture de projets. C’est un peu moins vrai du côté de la mairie dont la nouvelle équipe fait un travail remarquable pour changer les choses.

« Je ne vois pas l’Etat injecter de l’argent dans une machine qui ne sait pas impulser des projets.Il n’est pas impossible qu’Emmanuel Macron décide finalement de laisser la main au préfet. »

L’Etat est responsable de ne pas avoir fusionné le département avec la métropole. Si cela avait été fait le moment venu, les choses seraient différentes aujourd’hui. De plus, il devrait imposer le suffrage universel direct pour les élus métropolitains. Je ne serais pas surpris que, dans 6 mois, on fasse le constat que cela n’avance guère et qu’on décide alors d’exiger ces changements. Je ne vois pas l’État injecter de l’argent dans une machine qui ne sait pas impulser des projets. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’Emmanuel Macron décide finalement de laisser la main au préfet.

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