Le maire socialiste de Montpellier Michaël Delafosse, met en avant les efforts accomplis durant son mandat. Il revendique d’avoir ainsi pu assumer jusqu’ici des choix politiques comme la gratuité des transports, la culture ou le renouvellement urbain. Dans un contexte politique bouleversé et de désenchantement démocratique.
Propos recueillis par Marc Fressoz
De quoi êtes-vous le plus fier ?
D’avoir tenu mon engagement de rendre les transports en commun gratuits pour l’ensemble des habitants de la métropole. Montpellier devient ainsi la plus grande métropole d’Europe à appliquer la gratuité des transports. L’enjeu écologique et l’enjeu social sont conciliés. Ce choix politique qui a conduit à économiser un million d’euros en frais de billettique, n’empêche pas de financer une nouvelle ligne de tramway.
Certains parlent d’un report modal réduit pour les déplacements domicile-travail, que répondez-vous ?
En octobre 2025, nous disposerons des résultats d’une étude que nous ferons certifier par le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema). Aujourd’hui, la fréquentation du réseau a augmenté de 30 %, et parallèlement la pratique du vélo a explosé grâce au parcours cyclable que nous avons développé. Nombre de gens qui n’arrivent pas à vivre de leur travail sont satisfaits d’économiser sur leur plein d’essence tandis que certains retraités à petite pension ont vendu leur voiture.
D’ici les élections municipales, qu’aurez-vous d’autres à mettre à votre actif ?
Le 22 mai prochain, nous lancerons notre première ligne de BHNS, soit nos Bus à haut niveau de service, le 18 octobre, nous allons étendre la ligne 1 du tramway vers la gare Montpellier Sud de France et le 20 décembre entrera en service la 5ème ligne de tram. L’offre de transport en commun aura alors augmenté de presque 20 % sur la ville.
« Nous portons aussi un programme ambitieux de rénovation urbaine, notamment dans le quartier de la Mosson. Une approche qui contraste avec la façon malheureuse dont les quartiers populaires sont souvent traités en France, entre un jeu sur la peur des gens et les thèmes identitaires. »
Nous portons aussi un programme ambitieux de rénovation urbaine, notamment dans le quartier de la Mosson. Une approche qui contraste avec la façon malheureuse dont les quartiers populaires sont souvent traités en France, entre un jeu sur la peur des gens et les thèmes identitaires. Nous avons engagé un programme d’un demi-milliard d’euros sur 10 ans avec l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine. Nous détruisons la tour d’Assas, nous construisons de nouvelles écoles… je citerai aussi l’embellissement du Centre avec la réfection de la place de la Comédie et la transformation d’un parking en grand espace public.
« Rien ne nous aura été épargné à nous, les maires. »
Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de ce premier mandat ?
Rien ne nous aura été épargné à nous, les maires : le Covid, le choc inflationniste, l’incertitude budgétaire avec de gros efforts demandés aux collectivités locales, sans parler d’un contexte global de montée de la violence dans la société contre les élus. Les forces du dénigrement sont extrêmement présentes, on n’exerce plus ses fonctions dans un contexte serein. Cela ne doit pas nous empêcher d’agir.
Comment gérez-vous l’obligation d’économies drastiques ?
Je n’ai pas attendu pour dégager des économies. Depuis le début de mon mandat où j’ai commencé par baisser les indemnités des élus pour montrer l’exemple, je mène des réformes structurelles pour dégager toutes les économies possibles. J’ai mutualisé les services entre la ville et la métropole, fusionné mon bailleur social avec mon aménageur, ce qui a permis d’économiser 5 millions d’euros en fonctionnement. J’ai fait voter par le conseil municipal un plan contre l’absentéisme et nous avons aussi travaillé sur la sobriété énergétique.
« Contrairement aux régions avec le versement mobilité, ou les départements avec les droits de mutation à titre onéreux, nous n’avons bénéficié d’aucun cadeau. »
Mais le bloc communal connaît un moment difficile. Contrairement aux régions avec le versement mobilité, ou les départements avec les droits de mutation à titre onéreux, nous n’avons bénéficié d’aucun cadeau. Nos investissements se focalisent donc sur l’essentiel, sur les projets lancés dont les marchés ont été engagés. Nous réduisons la voilure sur l’investissement tout en maintenant un niveau conséquent que le monde économique salue.
Y a-t-il des secteurs sanctuarisés ?
À Montpellier, la culture est un secteur auquel on ne touche pas.À une époque où le populisme, la vulgarité et l’ignorance progressent, la culture est essentielle. Les maires doivent la défendre dans son projet émancipateur, les sciences, et résister à la grande contre-révolution conservatrice à l’œuvre avec le trumpisme. Là aussi, nous mutualisons pour pouvoir garder la même ambition : fusion de l’École Supérieure des Beaux-Arts et du Centre d’art contemporain dit MO.CO. Panacée, fusion de notre école de théâtre, l’ENSAD, avec le Centre dramatique national. Quant à notre festival de danse, Montpellier Danse, il rejoint notre Centre chorégraphique national pour devenir l’Agora, cité internationale de la danse. Nous ouvrons un centre d’art contemporain pour les enfants, nous travaillons pour agrandir notre musée et pour que la danse contemporaine permettre au corps de s’exprimer.
En matière de développement économique, vous revendiquez un rôle moteur pour les métropoles, pourquoi ?
Au lieu « d’impuissanter » les métropoles sous des procédures administratives, de les mettre en tension sur le plan financier ou de tenir des discours contre elles, il faut au contraire leur donner de la force pour qu’elles continuent à développer des écosystèmes qui produisent de l’innovation, qui permettent de participer à l’internationalisation du pays et d’avoir des investisseurs étrangers.
« Soutenir le développement économique, c’est davantage de recettes fiscales qui permettent de financer des projets. »
À défaut, nous risquons de les voir disparaître de la carte. A Montpellier, nous soutenons ainsi le secteur des énergies renouvelables, de la santé avec Med Vallée ainsi que les industries culturelles et créatives. C’est une grande fierté que Le Comte de Monte-Cristo ait été tourné près de Montpellier ou encore, que la télévision fasse des tournages pour la série Arcane. Montpellier est fort également sur l’intelligence artificielle avec le supercalculateur qui est le 11ème mondial. Soutenir le développement économique, c’est davantage de recettes fiscales qui permettent de financer des projets. Nous avons déjà le quartier Cambacérès destiné à accueillir les entreprises, auxquels s’ajoutent les 350 hectares du futur Plan local d’urbanisme intercommunal dédié au développement économique.
À vous écouter, on vous sent à nouveau candidat…
Non. D’abord, je vais au bout des promesses que j’ai formulées et une fois que j’aurai rempli tous mes engagements, je prendrai un peu de temps avec ma famille. On discutera ; c’est un vrai engagement. Je m’exprimerai en début d’année prochaine.
À gauche, sur le plan national, le Nouveau front populaire vient d’imploser. Vous qui avez rompu avec LFI, comment analysez-vous cette évolution ?
La rupture date des élections de 2020 où La France insoumise figurait sur la liste du candidat de la droite, le milliardaire Mohed Altrad. Aujourd’hui LFI annonce qu’elle va constituer des listes partout, surtout contre les gens de gauche, au lieu de mettre toute son énergie à combattre l’extrême-droite et la droite.
« J’invite la gauche à ne pas se disperser, à travailler sur tous les sujets. Faites la gratuité des transports. Faites la mutuelle communale. Faites le partage de la rente foncière avec le logement social, le bail réel et solidaire. »
Face à cette pantalonnade, j’invite la gauche à ne pas se disperser, à travailler sur tous les sujets. Faites la gratuité des transports. Faites la mutuelle communale. Faites le partage de la rente foncière avec le logement social, le bail réel et solidaire. N’hésitez pas à investir dans l’humain pour protéger les gens. Soyons fidèles aux grands idéaux hérités de la Révolution, de la IIème République et du Front populaire.
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