La prise de la ville de Bordeaux par les Verts en 2020 a bouleversé le traditionnel accord de cogestion droite-gauche qui prévalait à la métropole. Mais pour faire avancer certains dossiers – Lignes à grande vitesse, étude d’un métro, développement économique – l’exécutif socialiste a dû s’appuyer sur la droite plutôt que sur ses alliés verts.
Par Marc Fressoz
Si un événement a marqué l’actuelle mandature, c’est bien le changement de la figure de proue qui incarne la métropole bordelaise. Inconnu sur le plan national, mais figure très respectée à l’échelle girondine, Alain Anziani a dû quitter pour raison de santé son fauteuil de président en 2024 au profit de Christine Bost, maire – socialiste comme lui – de la commune d’Eysines. Elle a hérité d’une majorité formée sur le papier des socialistes et des Verts, ces derniers ayant conquis la ville de Bordeaux en 2020 avec Pierre Hurmic.
À y regarder de plus près, dans une assemblée composée de 30 élus à majorité PS, de 32 élus verts et d’élus de droite (33 + 4 Renaissance) la période s’est caractérisée par la recherche délicate d’un nouvel équilibre consécutive à un événement important : la rupture des accords de cogestion qui prévalaient entre la droite et la gauche depuis la création de la communauté urbaine en 1966. « Les Verts qui dirigent aussi Begles, Artigues et Ambarès-et-Lagrave ont pris un poids terrible qui a contraint les socialistes à rompre en début de mandat en 2020 ces accords », commente l’ancien député socialiste de Gironde Gilles Savary, fin connaisseur de la vie politique locale.
« Nous avons été bannis de toutes les discussions, nous pouvions dire ce que nous voulions, nous n’étions pas écoutés et parfois moqués », Patrick Bobet, maire du Bouscat, chef de file de la droite.
« Il y a eu trois séquences dans cette mandature, décrypte de son côté Patrick Bobet, maire du Bouscat, chef de file de la droite et ancien président de la métropole jusqu’en 2020. Dans une première période qui a duré jusqu’en janvier 2022, nous avons été bannis de toutes les discussions, nous pouvions dire ce que nous voulions, nous n’étions pas écoutés et parfois moqués ». La majorité déroule son projet, décidant de récupérer la gestion de l’eau en régie au dépend de Suez. Mais le président de la Métropole et maire de Mérignac Alain Anziani comprend vite que « sa majorité est parfois conjoncturelle et hypothétique alors que, sur bien de sujets, il est plus proche de nous que des Verts », continue l’élu LR.
La deuxième période permet à l’opposition de sortir de son isolement et de revenir au bureau à la faveur du projet de Lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse Bordeaux-Dax sur lequel socialistes et Verts, opposés au train à grande vitesse, se disputent. Pourtant favorable, la droite n’hésite pas à exercer une forme de chantage. « Nous avons menacé de voter contre les LGV », raconte Patrick Bobet. L’opposition ne disposait alors pas de délégation, mais « l’intérêt, c’était de pouvoir se reparler, d’avoir des contacts avec les services et de pouvoir influencer certaines décisions », continue-t-il. Cette alliance objective gauche-droite a permis ainsi de confirmer les LGV et de minimiser la Zone à faibles émissions dont les Verts souhaitaient une application rapide et restrictive visant d’entrée de jeu les Crit’air 3.
Voler au secours d’Anziani
Une troisième période s’ouvre en décembre 2023 où la droite revient aux affaires métropolitaines en obtenant des délégations et des vice-présidences sur des sujet d’importance : études de faisabilité d’un métro, suivi des projets LGV, grands projets industriels innovants, nouvelle stratégie urbaine et enfin, nouvelles formes d’habitat. Autant de thèmes qui hérissent le poil des élus écologistes qu’Alain Anziani enjambe grâce au rétablissement de cette forme de cogestion. Avec la droite, il a toujours cherché à maintenir le lien. « Entre le PS et les Verts, cela a toujours été Je t’aime moi non plus, analyse Gilles Savary. La droite de son côté lançait des signes pour faire comprendre qu’elle était prête à voler au secours d’Anziani en cas de conflit avec les Verts, moyennant des contreparties ».
« Christine Bost, l’actuelle présidente de la métropole de Bordeaux, se méfie des Verts et va essayer d’endiguer leur prise de pouvoir, un scénario probable parce que la droite s’est terriblement affaiblie en perdant Bordeaux. » Gilles Savary, ancien député socialiste de Gironde.
Reste à savoir, à l’approche des élections de 2026, si la patronne de la métropole Christine Bost maintiendra ce rééquilibrage droite-gauche dosé par son prédécesseur. « Je ne suis pas sûr que la nouvelle présidente soit dans une dynamique de cogestion. Je pense que, pour elle, le fait majoritaire doit primer ce qui n’empêche pas d’ouvrir la porte », estime le leader de l’opposition. De son côté Gilles Savary considère que « Christine Bost se méfie des Verts et va essayer d’endiguer leur prise de pouvoir, un scénario probable parce que la droite s’est terriblement affaiblie en perdant Bordeaux », analyse-t-il. Une certitude, après le décès de Nicolas Florian, les cartes sont rebattues dans la ville centre. La sénatrice radical et conseillère municipale de la ville Mélanie Delattre devrait en principe porter le flambeau.
Coopérations extérieures
Parmi les 28 communes du territoire, ce mouvement de balancier entre trois groupes politiques aux poids équivalents a-t-il fait des heureux ou des victimes ? « En ce qui concerne l’équilibre entre communes, on aurait pu le craindre durant les premières années, car nous nous étions mis de côté, admet Patrick Bobet. Il n’empêche que deux villes de droite Saint-Médard-en-Jalles et Gradignan ont été les victimes collatérales de la première décision idéologique prise par la majorité métropolitaine provoquant l’annulation de projets de stations de tram ». L’affaire a donné lieu à un gros débat. Mais l’exécutif semble avoir fait machine arrière en relançant les études.
Parmi les initiatives au crédit d’Alain Anziani, Gilles Savary place la coopération avec l’extérieur de la métropole à l’occasion de dossiers comme les SERM. « Le grand apport d’Alain Anziani a été d’admettre qu’on doit payer aussi pour l’arrière-pays, tels les Bus à haut niveau de service, par exemple. Il a pris conscience qu’il fallait avoir quelque chose de coopératif », indique l’ex-député PS qui lui avait soufflé l’idée d’un syndicat mixte départemental pour un réseau de transport étendu. Néanmoins ce projet ne s’est pas concrétisé pour diverses raisons, notamment parce que la droite était réticente à ce que la métropole sorte de son terrain de jeu. Ce qui n’a pas empêché des coopérations avec des territoires extérieurs par affinité politique.
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