À l’occasion du Salon European Mobility Expo, la présidente de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTPF), Marie-Ange Debon, apporte son éclairage sur la gratuité du transport public et les conditions à remplir pour amplifier le report modal.
Propos recueillis par Olivier Constant
L’élargissement de la gratuité des transports est-elle compatible avec des besoins de financements toujours plus élevés ?
Aujourd’hui, les deux tiers des voyages sur des réseaux de transport public urbain sont effectués avec des titres à tarifs réduits, voire gratuits : jeunes, étudiants, scolaires, personnes âgées, demandeurs d’emploi, personnes à mobilité réduite, etc. La gratuité ciblée – vers des publics qui ont en besoin – est déjà une réalité dans de nombreux réseaux.
Les études montrent clairement que ce qui convaincra les citoyens de prendre les transports en commun, loin devant le tarif, c’est l’existence d’une offre importante et de qualité.
Les besoins en financement sont considérables et il est indispensable de trouver les ressources nécessaires
Or, pour développer et pérenniser ces services supplémentaires tant attendus (que ce soit l’offre de transport proprement dite mais aussi l’information voyageurs, les équipements de sûreté, les aménagements d’accessibilité, etc.), les besoins en financement sont considérables et il est indispensable de trouver les ressources nécessaires.
Une gratuité universelle qui ne serait pas ciblée sur les publics qui en ont vraiment besoin me parait difficilement compatible avec un choc d’offre. Si la situation varie forcément d’un territoire à un autre, il est en effet risqué de renoncer définitivement à des recettes de clientèle qui couvrent aujourd’hui en moyenne 30% des dépenses d’exploitation des réseaux, et ce dans un contexte de finances publiques tendu.
Quels efforts restent à conduire pour amplifier le report modal en faveur des transports publics ?
Les transports publics et les modes complémentaires que sont le vélo, le covoiturage, l’autopartage et la marche à pied, doivent pouvoir offrir une expérience du déplacement comparable, voire meilleure sur certains aspects, que la voiture particulière. Rapidité, fluidité, facilité, possibilité de travailler ou se divertir pendant son trajet : chaque voyageur a ses propres critères de choix modal. Il faut donc agir sur tous ces critères pour le convaincre d’adopter les transports publics. Cela passe avant tout par une augmentation de l’offre : plus de bus, de métros, de tramways, de trains, de cars express, sur des horaires étendus, dans des territoires plus vastes, mais aussi par des aménagements de voirie pour que les bus circulent mieux et plus vite, et que les arrêts soient faciles d’accès et sécurisés. Enfin, il faut lever les appréhensions à l’usage des transports publics, en travaillant sur tout ce qui concourt à la sûreté et à l’information voyageur.
C’est à ces conditions que la mobilité sera durable et pourra contribuer à la préservation de l’environnement comme au soutien du pouvoir d’achat des français.
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