Les Zones à faibles émissions viennent d’être supprimées par la commission spéciale de l’Assemblée nationale, chargée d’examiner le projet de loi « Simplification de la vie économique ». Un nouvel avatar d’une offensive bien française contre une mesure jugée inégalitaire.
Par Sébastien Fournier
Les Zones à faibles émissions (ZFE), renforcées par la loi Climat et résilience de 2021 pour améliorer la qualité de l’air dans les centres urbains, sont à l’agonie. Après de multiples aménagements décidés dernièrement par les pouvoirs publics, conduisant à leur détricotage, la commission spéciale de l’Assemblée nationale, chargée de l’examen du projet de loi « Simplification de la vie économique » vient tout juste de les supprimer. Purement et simplement.
« Dinguerie »
Deux amendements, déposés par des députés LR et RN, ont été adoptés en ce sens, avec 26 voix contre 11, pointant les impacts sociaux et économiques qui en découlent. Au cours des débats, le député LR Ian Boucard – auteur d’un des deux amendements mais également président de la commission – n’y est pas allé par quatre chemins pour justifier la suppression des ZFE. « Cette loi n’a pas fonctionné, a-t-il cinglé. Si l’objectif est louable, le manque d’accompagnement conduit à une ségrégation sociale ». De leur côté, les députés RN n’ont pas mâché leurs mots. Le député Jocelyn Dessigny a qualifié les ZFE de « mesures bobos écolos ». Il a dénoncé « l’idéologie punitive qui se cache derrière ces dispositifs ». Quant au député Pierre Meurin, il a qualifié les ZFE de « dinguerie ». « Elles sont inutiles et créent des blessures sociales », a-t-il poursuivi.
Durant la discussion, les écologistes ont tenté de sauver les meubles. Tout en reconnaissant les imperfections du dispositif, le député Charles Fournier a tenu à préciser que sa suppression viendrait en contradiction avec l’objectif d’amélioration de qualité de l’air et de la baisse des émissions de CO2.
Niveau de contestation
Les amendements ont été adoptés contre l’avis du rapporteur du texte, le député Ensemble Stéphane Travert et contre l’avis du gouvernement.
On pourra toujours s’étonner que le sujet des ZFE se soit invité dans un projet de loi ayant trait à la vie économique, qui ne présente à l’évidence aucun lien avec la question de la qualité de l’air. C’est en tout cas révélateur du niveau de contestation que cette mesure suscite dans le débat public. Reste que la suppression des ZFE n’est pas encore effective. Le projet de loi doit en effet passer en séance public début avril. Les députés qui y sont opposés sont décidés à aller jusqu’au bout.
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