Dix ans après la création de la Métropole du Grand Paris, son président, Patrick Ollier, revient sur les avancées concrètes du rééquilibrage territorial, la montée en puissance d’une gouvernance partagée et les outils structurants qui redessinent la géographie métropolitaine. Fonds d’investissement, grands projets urbains, Axe Seine… le président de la Métropole défend une vision fondée sur la solidarité et la coopération entre collectivités.
Propos recueillis par Samuel Bendeks
Le rééquilibrage du territoire est le fil rouge de votre action. Dix ans après la création de la Métropole, quels sont les progrès les plus tangibles en matière de réduction des inégalités territoriales ?
La Métropole du Grand Paris agit structurellement en faveur du rééquilibrage territorial et de la solidarité, c’est l’essence même de son modèle ! Elle œuvre au plus près des besoins de ses communes.
La gouvernance partagée est bien plus qu’une méthode, c’est l’une des conditions de réussite ! Elle a permis à la Métropole de s’engager dans ces deux priorités avec 2/3 des investissements en faveur de l’Est et du Nord de la Métropole et 1/3 en faveur de l’Ouest. Grâce au Fonds d’Investissement Métropolitain (FIM), nous veillons à aider les communes qui en ont le plus besoin ; ainsi la Métropole a investi 303 millions d’euros dans 1 466 projets au bénéfice de 127 communes et territoires.
« Grâce au Fonds d’Investissement Métropolitain, nous veillons à aider les communes qui en ont le plus besoin ; ainsi la Métropole a investi 303 millions d’euros dans 1 466 projets au bénéfice de 127 communes et territoires. »
Si vous deviez dresser le bilan politique de ces dix années d’existence, quel moment fondateur retenez-vous ? Et quelle transformation majeure avez-vous impulsée ?
La Métropole, c’est la construction d’un destin commun pour 7,2 millions d’habitants !
C’est d’abord l’histoire d’une immense aventure collective. En 2016, nous étions 20 à nous lancer, aujourd’hui la Métropole rassemble 130 maires, 130 communes, et 7,2 millions d’habitants. À l’origine, très peu d’élus avaient l’habitude de travailler ensemble. Il a donc fallu construire un cadre, fédérer les énergies, créer de la lisibilité. C’est tout le sens de l’appel à projets « Inventons la Métropole du Grand Paris », qui a été lancé dès les premiers mois, une de nos premières et plus grandes réussites ! 72 % des 91 lauréats progressent. Près de 10 milliards d’investissements privés, 25 000 emplois à la clé : c’est un levier formidable de transformation urbaine ! Je me réjouis de voir ces nouveaux bâtiments sortir de terre pour transformer des sites au service du territoire, de la vie économique et surtout des habitants.
Le SCoT, affirme notre ambition et illustre notre destin commun. Il est un outil central pour l’aménagement, la planification, la biodiversité, ou encore la pleine terre. Il donne du sens à notre action !
La Métropole s’est appuyée sur des documents fondamentaux : deux piliers. Le Plan Climat Air Energie Métropolitain (PCAEM), d’abord, que nous avons pu faire adopter à la quasi-unanimité en 2018 grâce à un intense travail de concertation avec les conseils municipaux. Puis le Schéma de cohérence territoriale (SCoT), adopté en juillet 2023 à 96,3 % des suffrages exprimés, et dont l’élaboration a pris quatre ans. Ce fut un combat, avec parfois des oppositions techniques ou politiques très fortes. Mais nous y sommes parvenus. Ce SCoT, affirme notre ambition et illustre notre destin commun. Il est un outil central pour l’aménagement, la planification, la biodiversité, ou encore la pleine terre. Il donne du sens à notre action !
Vous avez pris en 2025 la présidence de l’Entente Axe Seine. Pourquoi ce corridor est-il stratégique pour le Grand Paris, et comment articulez-vous cette ambition avec le développement métropolitain ?
L’Axe Seine est stratégique parce qu’il relie directement la Métropole à son port maritime, au Havre, et qu’il structure l’un des plus grands corridors économiques, logistiques et industriels de France. C’est aussi un espace indispensable pour la transition écologique : sur cet axe se jouent la décarbonation des mobilités, le développement des énergies renouvelables, la gestion de l’eau, l’agriculture périurbaine….
Depuis que j’ai pris la présidence de l’Entente Axe Seine, j’ai voulu que cette ambition soit pleinement partagée. L’Axe Seine ne peut pas dépendre seulement des « quatre » membres historiques : Il fallait intégrer l’ensemble des 16 intercommunalités riveraines, sur les deux rives, de Paris à la mer.
Depuis que j’ai pris la présidence de l’Entente, j’ai voulu que cette ambition soit pleinement partagée. L’Axe Seine ne peut pas dépendre seulement des « quatre » membres historiques : Il fallait intégrer l’ensemble des 16 intercommunalités riveraines, sur les deux rives, de Paris à la mer. C’est chose faite, tout le monde est désormais autour de la table.
Nous avançons ainsi sur des chantiers très concrets avec des groupes de travail dédié : la logistique fluviale, les énergies renouvelables, la Gemapi, l’agriculture… Et pour garantir un réel équilibre territorial, j’ai créé deux vice-présidences dédiées aux EPCI non fondateurs. Cette nouvelle gouvernance nous permet d’en faire un véritable levier de développement partagé !
Certains estiment que la Métropole manque d’envergure, tandis que ses actions transforment pourtant profondément le territoire. Comment expliquez-vous ce décalage de perception ? Quel regard portez-vous sur l’avenir institutionnel de la Métropole ?
Lorsque j’étais parlementaire je me suis opposé avec force aux lois MAPTAM et NOTRe qui ont très imparfaitement posé le cadre de notre organisation territoriale actuelle. Pour être plus efficace, la Métropole a besoin de clarification et de plus de cohérence lui permettant de satisfaire les formidables espoirs qu’elle fait naître !
Au vu de la montée en charge des compétences et des actions de la Métropole du Grand Paris, je suis convaincu qu’il faut renforcer notre Métropole telle qu’elle est !
Oui à un « acte 2 » de la Métropole du Grand Paris qui se fonde sur la réalité à laquelle la gouvernance d’une telle entité est confrontée. Ce renforcement doit s’organiser dans la complémentarité et la subsidiarité avec les autres collectivités, Région ou Départements.
La Métropole du Grand Paris doit pouvoir rivaliser avec les autres métropoles de rang mondial. Aussi, je plaide aussi pour un renforcement du budget de la Métropole avec des ressources pérennes et dynamiques. Je tiens à le rappeler, depuis 2016, nous avons reversé 1,7 milliards d’euros aux communes. C’est un effort majeur !
La Métropole du Grand Paris doit pouvoir rivaliser avec les autres métropoles de rang mondial. Aussi, je plaide aussi pour un renforcement du budget de la Métropole avec des ressources pérennes et dynamiques. Je tiens à le rappeler, depuis 2016, nous avons reversé 1,7 milliards d’euros aux communes. C’est un effort majeur !
Dans le contexte actuel, le nécessaire dialogue avec les élus renforce la légitimé d’une instance métropolitaine qui est l’émanation directe des maires. C’est aussi ce modèle qui permet d’inventer des solutions concrètes, adaptées, et de les déployer sur un périmètre pertinent en travaillant d’une manière constructive et complémentaire avec les autres collectivités pour dépasser l’effet de seuil métropolitain ! C’est dans cette dynamique que la Métropole du Grand Paris souhaite s’inscrire pour l’avenir des 7,2 millions de Métropolitains !
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