Dans la région Île-de-France, qui se caractérise par des déséquilibres territoriaux et sociaux plus accrus, les grands projets structurants et une évolution de l’organisation institutionnelle apparaissent comme des pistes d’amélioration.
Par Marc Fressoz
« Il est plus facile d’être maire de Neuilly-sur-Seine que maire de Savigny-le-Temple ». Avec cette boutade, Marie-Line Pichery, première édile de cette commune de Seine-et-Marne depuis 2020, entend souligner à quel point l’état critique des finances publiques porte le risque d’un accroissement supplémentaire des inégalités entre communes. Entre communes riches et commune plus modestes, entre communes de grande couronne et communes du cœur de l’agglomération. « Moins on a d’habitants qui paient l’impôt plus on dépend des dotations. Une solution serait d’augmenter la taxe foncière mais faire ainsi peser l’effort sur les classes moyenne est inégalitaire pointe l’élue socialiste venant grossir le rang de ceux qui fustigent « l’énorme erreur » de la suppression de la taxe d’habitation sur la résidence principale durant le premier quinquennat Macron. Ce risque de fracture est un point de préoccupation d’autant plus fort que « l’Île-de-France compte un taux de cadres mais aussi un taux de pauvreté supérieur à ceux constatés dans le reste de l’hexagone » alerte l’AMIF.
Désert médical
C’est un euphémisme, ces dernières années en Île-de-France comme ailleurs, les inégalités territoriales et sociales ne sont pas allées en s’atténuant. Et lorsqu’on demande à un élu quelle piste suivre pour les contenir dans nombre de cas, spontanément, la réponse qui sort de la bouche des maires français commence d’abord par une longue énumération de problèmes : l’école de la République qui n’assure plus l’égalité des chances, le manque d’effectif de police et la tendance de l’État à se défausser sur les polices municipales, la crise du logement avec un manque de 70 000 logements dans la région capitale, l’accès aux soin, « le point qui s’est peut-être le plus dégradé durant ce mandat » aux yeux de Jean-Baptiste Hamonic le maire de Villepreux dans les Yvelines.
« Pour attirer des médecins, bien que ce ne soit pas de notre compétence, nous avons créé une société d’économie mixte en promettant des avantages comme une voiture de fonction, et la prise charge d’une partie du loyer. Vous imaginez ? On est en Île-de-France et nous devons faire comme dans les petits villages du centre de la France », s’anime Marie-Line Pichery.
Sa collègue de Savigny-le-Temple témoigne d’une situation difficile à imaginer. « Pour attirer des médecins, bien que ce ne soit pas de notre compétence, nous avons créé une société d’économie mixte en promettant des avantages comme une voiture de fonction, et la prise charge d’une partie du loyer. Vous imaginez ? On est en Île-de-France et nous devons faire comme dans les petits villages du centre de la France », s’anime Marie-Line Pichery.
Pour traiter certains maux, divers instruments d’aménagement et de rééquilibrage propres à l’Île-de-France comme le Grand Paris Express suscitent des espoirs d’amélioration. Mais des élus s’interrogent. « Ce réseau favorise encore le cœur de la région en poussant à la gentrification de la métropole et en refluant en grande couronne ceux qui n’auront plus les moyens de se loger », considère la maire de Savigny-le-Temple. De quoi relativiser les promesses de la Société des Grands Projets, laquelle souligne que 90 % des Franciliens habiteront à moins de 2 km d’une gare grâce aux 200 kilomètres de réseau mis en service. Certitude, l’infrastructure va conforter La Défense (pôle de la finance), Plaine Commune (pôle de la culture et de la création), Roissy-Charles De Gaulle (pôle des échanges internationaux), Le Bourget (pôle de l’aéronautique), ou encore le plateau de Saclay (pôle d’innovation scientifique et technologique).
Réécrire le Grand Paris ?
Avec sa casquette de vice-président Transports de l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, située en lisière de la petite couronne, Jean-Baptiste Hamonic, applaudit l’arrivée du super métro. « Il est important de conforter notre territoire qui représente le 2e PIB de la région après la Défense et d’être connecté à Orly ». Pour cette intercommunalité, le sujet des déplacements constitue une source de tension avec la métropole et la ville de Paris accusés d’imposer des restrictions à ceux qui viennent du dehors. Dans le viseur, la ZFE instituée et plus largement les plans de circulation et limitation de vitesse sur le périphérique.
Que faire de la couche de la Métropole du Grand Paris ajoutée il y a dix ans au mille-feuille territorial par François Hollande ? Il y a ceux qui veulent la protéger comme Stéphane Beaudet, voyant dans cette structure territoriale un amortisseur et un facteur de rééquilibrage. Et il y a ceux qui, à l’instar de Jean-Baptiste Hamonic, veulent la voir disparaître, fusionner avec la région dont le périmètre correspond à celui d’Île-de-France Mobilités.
Si beaucoup à l’instar de Stéphane Beaudet le président de l’AMIF, jugent qu’il y a plus urgent à faire, la nécessité d’une réforme de la gouvernance francilienne reste présente à l’esprit. D’autant qu’Emmanuel Macron en laissant en plan cette question institutionnelle a créé beaucoup de frustration. Question principale : que faire de la couche de la Métropole du Grand Paris ajoutée il y a dix ans au mille-feuille territorial par François Hollande ? Il y a ceux qui veulent la protéger comme Stéphane Beaudet, voyant dans cette structure territoriale un amortisseur et un facteur de rééquilibrage. Et il y a ceux qui, à l’instar de Jean-Baptiste Hamonic, veulent la voir disparaître, fusionner avec la région dont le périmètre correspond à celui d’Île-de-France Mobilités.
« Nous avons la chance de ne pas être dans la Métropole, de ne pas être un EPT, mais une intercommunalité choisie et non subie avec douze communes et donc douze maires représentant un peu plus de 200 000 habitants, pointe-t-il. C’est une intercommunalité extrêmement bien intégrée en termes de compétences mutualisées partagées. » Et d’enfoncer le clou : « Il est plus facile de prendre des décisions à une échelle humaine qu’au sein de gros machins. » Une critique sur laquelle il rejoint le maire de Nanterre Raphaël Adam, peu fan des EPT subis où « on ne partage ni les réalités, ni les projets. La gouvernance devient un exercice de négociation permanente. »
Devoir de vérité
En attendant un éventuel big bang institutionnel, nécessité faisant loi, les édiles ont intégré le fait que la crise conduira chaque niveau administratif à se distinguer des autres. Obligés de dégager des économies drastiques, les collectivités vont se recentrer dans la mesure du possible sur leurs compétences obligatoires. Mais comment ne pas subir ? Le Conseil départemental des Yvelines vient par exemple d’informer les communes qu’en matière de voirie, elles ne pourront pas à nouveau compter sur lui pour le versement de subventions. Le risque de dégât collatéral s’annonce très important surtout lorsqu’une commune soutient des actions comme les missions locales hors de ses compétences obligatoires et voient les autres collectivités se retirer. Pas de recette miracle donc mais un devoir de vérité envers les électeurs, selon Jean-Baptiste Hamonic. « Nous allons devoir expliquer qu’on devra faire aussi bien avec moins et probablement ne plus faire certaines choses qu’on faisait depuis 20, 30 ou 40 ans. »
Lire sur le même sujet :
« On arrive à l’os, alors que les besoins sociaux vont grandissants »

