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Des sous et des hommes pour recoudre Montpellier

par Sébastien Fournier
Temps de lecture : 4 minutes

Montpellier mise sur une approche sur mesure pour réhabiliter ses quartiers dégradés, favoriser la mixité sociale et le rééquilibrage territorial qui ne repose pas seulement sur d’importants budgets. L’implantation d’équipes territorialisées dans les quartiers cibles doit rendre l’action publique plus efficace.

Par Marc Fressoz

« 70 % de la population de la ville est éligible aux logements sociaux et près de 30 % vit sous le seuil de pauvreté », décrit Clara Jimenez, vice-présidente (PC) de la métropole de Montpellier, responsable de la politique de la ville et de la cohésion sociale. Difficile à imaginer lorsqu’on y arrive en train et qu’on emprunte un parcours emblématique – place de la Comédie, monumental quartier Antigone, rives du Lez où fleurissent des réalisations architecturales au retentissement international. Sans parler du vieux Montpellier avec ses cafés animés qui dégagent cette impression de richesse.

Certes le poids des étudiants désargentés – importants en nombre, Montpellier étant une grande ville universitaire – biaise un peu les statistiques. Il n’empêche, le chômage touchait 18,9 % de la population active en 2021. Autant dire que ses poches de pauvretés, situées non pas en banlieue mais à proximité du cœur de Montpellier, en font une ville au caractère complexe comparé à d’autres homologues du Sud – comme Bordeaux ou Toulouse, par exemple.

Une politique de la ville revue et corrigée

Avec ses 20 000 habitants – une ville dans la ville ! – son habitat qui a mal vieilli, un trafic de drogue qui s’installe, le quartier la Mosson, à l’ouest de la ville, fait l’objet de toutes les attentions. Au total, 540 millions d’euros réunis par différents partenaires seront injectés entre 2022 et 2030. En partenariat avec plusieurs acteurs (État, ANRU, bailleurs sociaux, Action logement, etc.), la collectivité, qui a créé son propre aménageur Altemed, y déploie une politique de la ville revue et corrigée par rapport à la recette classique appliquée aux banlieues, misant tout sur l’urbain. « À notre avis, la condition de réussite du projet ne peut pas se limiter au volet bâtimentaire comme on a pu le faire, il est nécessaire d’intégrer l’humain et de lier les deux », explique l’élue.

Remodeler l’habitat occupe naturellement un rôle majeur avec notamment deux programmes phares : la destruction de la tour d’Assas, porte d’entrée de la Mosson (une aire géographique où la réhabilitation du centre nautique Neptune, la destruction de l’arche Mercure, la construction d’une résidence intergénérationnelle figurent également au programme), et la réhabilitation, moyennant 50 millions d’euros, des Cévennes, énormes copropriétés de 912 logements, redécoupées en morceaux à taille plus humaine avec des espaces communs plus petits, plus faciles à entretenir, et des voiries transférées à l’espace public. Reste que le programme n’en est qu’au début. « Ces projets urbains sont très lourds, avec des procédures juridiques très complexes et s’inscrivent vraiment sur du long terme, ajoute Clara Jimenez. Ils sont donc très compliqués à rendre palpable pour les habitants. »

Une mission territorialisée

Aux Cévennes, la cession des copropriétés est actée, mais le mouvement est lent car, s’agissant d’habitat privé, le rythme des travaux se trouve souvent limité par le manque de moyens de bon nombre de propriétaires occupants, tandis que les propriétaires bailleurs qui louent des appartements ou studio à assez bon prix n’ont pas forcément intérêt à investir. D’où la politique de préemption menée par la collectivité afin d’acquérir des copropriétés et de permettre de financer leur modernisation.

La sécurité est un objectif assumé par la mairie de gauche. Le rachat à l’État d’un bâtiment des URSSAF dans le secteur Saint-Paul pour installer missions et forces de police doit bien marquer la présence de la puissance publique avec ce message : non, la Mosson n’est pas un quartier abandonné.

Quant au volet humain, il prend un visage multiple, à commencer par l’installation à la Mosson d’une équipe incarnant « la mission territorialisée ». Son but : faire avancer les projets lancés avec l’ANRU. « C’est l’une des premières décisions prises par Michaël Delafosse après son élection. Avoir des gens en prise avec la réalité permet également d’intervenir rapidement sur les problèmes du quotidien, propreté, drogue etc. », indique la vice-présidente. Tout cela nécessite souvent de parler avec énormément d’interlocuteurs allant de l’ANRU, aux bailleurs sociaux, aux prestataires de services publics, aux services de l’État, sans parler des forces de l’ordre, police nationale et police municipale travaillant en coopération. Car la sécurité est un objectif assumé par la mairie de gauche. Le rachat à l’État d’un bâtiment des URSSAF dans le secteur Saint-Paul pour installer missions et forces de police doit bien marquer la présence de la puissance publique avec ce message : non, la Mosson n’est pas un quartier abandonné.

Au-delà de ce quartier, la ville mise sur le sur-mesure dans sa politique avec l’État. Au lieu d’une approche globalisante, le récent contrat de ville établissant un cap jusqu’à 2030 établit une distinction quartier par quartier. Certains sont plus ou moins peuplés, avec des habitants plus ou moins jeunes et une majorité de logement sociaux ou, à l’inverse, de loyer intermédiaire. « Cela permet aussi de mesurer de façon plus tangible les progrès accomplis », souligne Clara Jimenez. Autre marqueur, le souci de mixité sociale. Tout logement social supprimé dans un quartier est systématiquement installé ailleurs sur le territoire métropolitain. Quant au profil des habitants choisi, la mairie veille à ne pas créer de ghetto. Priorité aux travailleurs pauvres ou à ceux qui exercent des métiers essentiels, comme le personnel soignant.

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