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« La Guyane ne peut plus rester sous cloche »

par Sébastien Fournier
Temps de lecture : 3 minutes

Sénateur de la Guyane, Georges Patient tire la sonnette d’alarme sur le retard de développement de ce territoire riche en ressources mais freiné par des normes excessives et un manque de volonté politique. Il plaide pour une autonomie accrue afin que les Guyanais puissent prendre en main leur avenir économique et institutionnel.

Propos recueillis par Sébastien Fournier

La Guyane est un territoire de contrastes. Quel est votre regard ?

Des contrastes, tout dépend de ce que vous entendez par là. La Guyane a tout pour devenir prospère, mais elle est mise sous cloche. On empêche son développement, alors même que ses voisins connaissent une forte croissance. Elle est plus petite que le Suriname, le Guyana ou le Brésil, mais elle est riche en ressources : pétrole, or, forêt, pêche. Pourtant, plus de 50 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté. On dirait que seules la base spatiale et les retombées pour la France intéressent vraiment l’État.

La Guyane est plus petite que le Suriname, le Guyana ou le Brésil, mais elle est riche en ressources : pétrole, or, forêt, pêche. Pourtant, plus de 50 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté. On dirait que seules la base spatiale et les retombées pour la France intéressent vraiment l’État.

Où en êtes-vous des discussions avec l’État sur ces questions ?

Le débat est ouvert, mais le gouvernement semble distant. On dirait qu’il ne réalise pas l’urgence de la situation. La Guyane, c’est 300 000 habitants sur 66 millions. Pas une priorité. Pourtant, si elle était valorisée, elle pourrait contribuer à la relance nationale. Elle peut connaître un développement endogène, et même aider la France par ses ressources.

Le principal frein, c’est l’absence de volonté politique. Toutes les décisions viennent de Paris.

Quels sont les principaux freins à lever pour permettre ce développement ?

Le principal frein, c’est l’absence de volonté politique. Toutes les décisions viennent de Paris. Les normes administratives et environnementales étouffent l’initiative locale. Sur l’exploitation aurifère ou pétrolière, les contraintes sont énormes. On parle de mise sous cloche. Et pendant que les légaux disparaissent, les clandestins exploitent l’or en toute impunité. C’est intolérable.

Le président de la République avait annoncé des priorités sur ce sujet lors de sa dernière visite. Qu’en est-il ?

Rien n’a changé. Les orpailleurs légaux me disent tous qu’ils font face à des tracasseries permanentes. Les autorisations d’exploitation sont difficiles à renouveler, et les contrôles incessants les découragent. L’État ne suit pas ses promesses.

Pensez-vous que les normes écologiques sont un frein au développement ?

Oui, elles sont excessives. Je ne dis pas qu’il faut tout sacrifier, mais les Guyanais savent protéger leur forêt. On n’a pas attendu les écologistes pour ça. Ce qu’on veut, c’est un équilibre. La France s’est enrichie par l’exploitation minière. Et aujourd’hui, elle nous demande de rester pauvres au nom de la protection environnementale.

Donner plus de leviers aux Guyanais. Tous veulent plus de pouvoir pour décider localement. Les indépendantistes montent, car leur discours devient crédible face à notre stagnation.

Que faudrait-il faire, concrètement ?

Donner plus de leviers aux Guyanais. Tous veulent plus de pouvoir pour décider localement. Les indépendantistes montent, car leur discours devient crédible face à notre stagnation. Nous devons pouvoir exploiter nos ressources, comme le font nos voisins. Sinon, la colère va monter.

Êtes-vous favorable à l’indépendance ?

Non, je suis pour l’autonomie. Une vraie autonomie statutaire, qui permette de s’éloigner des normes hexagonales et européennes. Il faut que la Guyane puisse agir à l’intérieur de la République avec un statut différent. Sinon, nos populations n’auront jamais accès au bien-être qu’elles méritent.

Le président dit qu’il n’y a pas de tabou. Qu’en pensez-vous ?

La Constitution permet l’autonomie. D’autres territoires comme la Polynésie en bénéficient. Pourquoi pas la Guyane ? Le président devra prendre position. Les experts sont passés, un rapport est attendu. Mais sans autonomie politique, on ne pourra pas avancer économiquement. Les deux vont de pair.

La Guyane ne peut pas rester accrochée aux transferts publics. Sa population croît, elle est jeune, elle veut avancer. Elle ne supportera plus longtemps de quémander. L’État doit comprendre cela s’il veut éviter une crise.

Comment imaginez-vous la Guyane en 2040 ?

Elle ne peut pas rester accrochée aux transferts publics. Sa population croît, elle est jeune, elle veut avancer. Elle ne supportera plus longtemps de quémander. L’État doit comprendre cela s’il veut éviter une crise. Les Guyanais voyagent, comparent, et constatent les écarts. Il est temps d’agir.

Et sur le désenclavement du territoire ?

C’est une honte : en 2025, un tiers de la population ne peut circuler librement. On parle de routes du fleuve depuis des décennies. On sait lancer des fusées, mais pas relier deux communes à 30 km l’une de l’autre ? Ce n’est plus acceptable.

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