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Vilipendées, les trottinettes en libre-service ne seraient même pas rentables

par Sébastien Fournier

Les trottinettes en libre-service dans les villes, un marché juteux ? Ce n’est pas l’avis d’un cabinet de consulting américain qui a analysé les coûts et les freins liés à ce service. A terme, une consolidation des acteurs est inévitable.

Par Sébastien Fournier

Le marché des trottinettes électriques en libre-service est-il rentable ? On pourrait le penser à voir le nombre d’opérateurs qui s’installent dans les villes au grand dam des élus locaux. Pas moins de 12 entreprises de location de trottinettes ont investi les rues de Paris de façon plus ou moins sauvage. Un phénomène qui s’observe également, mais dans une moindre mesure, dans les villes de Lyon, Bordeaux, Toulouse, Marseille, ou Nantes. Ce marché très concurrentiel, dominé par les entreprises Lime et Bird, nées toutes deux aux Etats-Unis en 2017, serait évalué en Europe à 15 milliards d’euros. Prometteur pour les investisseurs ! En fait, pas tant que ça. Selon une étude publiée en mai dernier par le cabinet américain Boston Consulting Group, le marché serait très incertain. Au regard des coûts importants que génère le service, notamment le rechargement, les trottinettes seraient rentables à partir du 4e mois d’utilisation. Problème, leur durée de vie est estimée à 3 mois seulement… « Les trottinettes ont été conçues pour un usage privé, pas pour la location », précise le cabinet BCG. L’usage intensif, la manipulation brutale et même le vandalisme réduisent considérablement leur durabilité.

Le service de location aujourd’hui coûte plus qu’il ne rapporte

L’étude montre par ailleurs que la demande est somme toute limitée. Elle serait insuffisante notamment dans les villes de moins de 100 000 habitants. « Les utilisateurs préféreront toujours acheter leur propre matériel en raison des prix relativement modestes », peut-on y lire. Par ailleurs, la brusque apparition de ce service et son développement effréné ont suscité de nombreuses réactions et créé de multiples problèmes liés à la sécurité et l’encombrement de l’espace.  Aujourd’hui, beaucoup de municipalités s’opposent à son implantation. En France, les élus locaux sont en attente de réponses de la part de l’Etat. Le projet de loi d’orientation des mobilités (LOM) actuellement en discussion devrait y remédier tout comme un décret attendu pour l’été.

Les entreprises et leurs investisseurs semblent parfaitement conscients de ces difficultés. Selon le cabinet BCG, ils sont même disposés à sacrifier la rentabilité aujourd’hui pour exercer une emprise sur le marché. Pour améliorer leurs revenus, ils apportent en outre des améliorations sur les matériels : batteries plus durables, cadres plus robustes, économies d’échelle dans la production… Mais pour prendre l’exemple de Paris, est-ce que 12 opérateurs peuvent co-exister de manière durable ? La réponse est négative. Pour se différencier, les entreprises devront innover et atteindre une masse critique de clients. Des investissements importants devront être réalisés notamment dans le marketing avec le développement d’offres alléchantes pour fidéliser les usagers. « La consolidation est inévitable », écrivent les auteurs de l’étude, à l’instar du marché des vélos en libre-service. Une conclusion partagée par les élus locaux qui considèrent, comme Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris, que le marché s’auto-régulera avant même qu’un cadre réglementaire produise ses effets. Une vision libérale d’un secteur qui risque aussi de s’ubériser…

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