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Mobilité dans la Métropole de Lille : Roubaix se rebiffe

par Sébastien Fournier
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Dans un courrier adressé le 27 avril au président de la Métropole de Lille, Damien Castelain (SE), le maire de Roubaix, Guillaume Delbar (DVD), critique violemment le dispositif mis en place par la métropole pour lutter contre la pollution de l’air en cas de pics de pollution, une zone restreinte de circulation automobile. Il refuse d’y faire participer sa ville au motif qu’il viendrait pénaliser les travailleurs modestes. Un désaccord de plus dans ce territoire où les polémiques enflent à l’approche des élections municipales.

La charge est violente. Trop, peut-être… « Le dispositif proposé [par la Métropole de Lille] pour lutter contre la pollution aux particules fines est à la fois insuffisant, inefficace, incohérent et, par-dessus tout, anti-social ». C’est par ces mots que le maire de Roubaix, Guillaume Delbar, a signifié à Damien Castelain, le président de la métropole de Lille, son refus de faire entrer sa ville dans la zone de restriction du trafic automobile mise en place par la métropole. Il s’agit d’une zone couvrant 12 communes dans laquelle les vieux véhicules, essence et diesel, sont interdits de circuler lors des pics de pollution.

Pour une écologie positive et non punitive

Guillaume Delbar n’en veut pas. Il considère la mesure pénalisante pour les foyers à faibles revenus. « Les travailleurs modestes qui n’ont pas les moyens de changer de voiture se voient contraints dans leurs déplacements », peut-on lire dans le courrier. Et cela peut concerner potentiellement bon nombre de personnes. Roubaix est en effet une des villes les plus pauvres de France où le taux de pauvreté atteint plus de 43 %. Hors de question donc pour le maire de mettre en place ce dispositif sans aider les personnes à changer de véhicule. Il cite volontiers l’exemple de la métropole du Grand Paris qui propose aux automobilistes une prime de 5 000 euros, laquelle vient s’ajouter à la prime de conversion de l’Etat. Sans le dire vraiment, Guillaume Delbar critique les choix de la métropole. Il propose un grand programme de lutte contre la pollution avec des transports gratuits en cas de pics de pollution. Une option qui n’a pas été retenue par la collectivité qui prévoit seulement un tarif spécial. Il suggère aussi de mettre en place un système d’éco-bonus encourageant le co-voiturage.

Le développement des modes doux et autres voies alternatives

A la Métropole de Lille, on rappelle que le maire de Roubaix est aussi vice-président de la métropole. Quant à la mesure, si elle est coercitive, on l’assume. La collectivité précise d’ailleurs que le transport, en particulier l’usage de la voiture, est responsable du tiers de la pollution, d’où l’importance d’agir. Mais surtout, elle fait savoir qu’elle accompagne cette mesure par le développement des modes de transport alternatif et par des solutions plutôt originales. Elle a toujours en tête de mettre en place un péage inversé, c’est-à-dire un dispositif qui vise à réduire le nombre de véhicules en ville… en rétribuant les automobilistes. Une mesure d’écologie positive et non plus punitive que Guillaume Delbar ne peut ignorer.

Une attaque politique ?

Ce n’est pas la première fois que le maire de Roubaix critique vertement l’action de la métropole dont le président est aujourd’hui affaibli par une succession d’affaires. En octobre dernier, il s’en était pris publiquement au bailleur social du territoire, trop dispendieux et pas suffisamment rigoureux dans la gestion des deniers publics. Avec cette nouvelle charge, cette fois-ci sur un sujet qui concerne le quotidien des habitants et leur portefeuille, le ton semble être donné sur ce que pourrait être la campagne des élections municipales de 2020. Certains d’ailleurs voient dans ce courrier la main de Gérald Darmanin, l’actuel ministre des Comptes publics et ancien maire de Tourcoing dont il est très proche, qui ne cache pas son intention de briguer la mairie de Lille et la présidence de la métropole. Les couteaux sont sortis, la campagne promet d’être captivante !

Voir le Journal des Territoires de Public Sénat du 7 mai 2019 dans lequel Sébastien Fournier d’Objectif Métropoles de France revient sur le courrier du maire de Roubaix

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