Alors que l’Île-de-France fait face à une tension entre vacance de bureaux et pénurie de logements, le préfet d’Île-de-France, Marc Guillaume, pilote une expérimentation régionale ambitieuse. Dans cet entretien, il détaille les leviers mobilisés par l’État pour accélérer la reconversion du parc tertiaire, de l’appel à manifestation d’intérêt aux groupes de travail sur les normes et le financement.
Propos recueillis par André Yché
Vous portez une initiative en faveur de la transformation des bureaux en logements. Pour quelles raisons ?
L’accélération de la production de logements est un des enjeux phares en Île-de-France, tant pour la vie des Franciliens que pour le développement économique de la région. La Préfecture de région et les services de l’État sont pleinement mobilisés pour y répondre.
Dans ce contexte, la transformation des bureaux en logements est un sujet à la fois important et urgent. Le déséquilibre va croissant entre une surcapacité structurelle de bureaux (près de six millions de mètres carrés vacants dans la seule région Ile-de-France, au moins dix millions dans quelques années…) et une production insuffisante de logements, alors même que des centaines de milliers de demandes de logements ne sont pas satisfaites.
Sur le plan urbanistique, il n’est pas possible que des zones d’activités entières, marquées par le développement du télétravail, soient largement vides. Et ce, d’autant plus sur un territoire où le foncier est précieux, et où le Schéma Directeur de la Région Île-de-France qui entrera prochainement en vigueur, demande une production de logements à 90 % en renouvellement urbain. Le succès, chaque année, de l’accompagnement financier apporté par l’État à la transformation des friches atteste de la dynamique déjà à l’œuvre de reconstruction de la ville.
C’est pourquoi l’État continue de se mobiliser, et fixe des objectifs clairs et ambitieux.
« Au regard du potentiel de gisement foncier que constituent les bureaux vacants en Ile-de-France, la ministre du logement Valérie Létard a souhaité me confier une mission d’expérimentation francilienne de transformation de bureaux et locaux d’activités en logements. »
La Préfecture de région vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour des projets de transformation. Qu’en attendez-vous ?
Au regard du potentiel de gisement foncier que constituent les bureaux vacants en Île-de-France, la ministre du Logement Valérie Létard a souhaité me confier une mission d’expérimentation francilienne de transformation de bureaux et locaux d’activités en logements. J’ai donc lancé un appel à manifestation d’intérêt à l’échelle de l’Île-de-France, afin de soutenir et d’accélérer les démarches des acteurs de l’immobilier (promoteurs, foncières, bailleurs, aménageurs, collectivités…) qui ont un projet de transformation d’un patrimoine tertiaire en logements.
L’AMI vise aussi à soutenir les collectivités les plus concernées, à savoir celles des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et de Paris, qui ont l’ambition de faire émerger des projets de transformation sur leur territoire. Elles bénéficieront d’un accompagnement technique et financier des services de l’État et de partenaires institutionnels pour l’élaboration d’un diagnostic et la mise en place d’une stratégie territoriale. Les préfets des Hauts-de-Seine et de Seine-Saint-Denis, Alexandre Brugère et Julien Charles, sont très mobilisés.
« Par cette démarche, nous souhaitons accélérer l’émergence de projets qui peinent parfois à aboutir, en leur apportant un appui par les services de l’État, et un accompagnement personnalisé au regard des difficultés rencontrées (techniques, règlementaires, juridiques, financières). »
Par cette démarche, nous souhaitons accélérer l’émergence de ce type de projets qui peinent parfois à aboutir, en leur apportant un appui par les services de l’État, et un accompagnement personnalisé au regard des difficultés rencontrées (techniques, règlementaires, juridiques, financières). Mais il s’agira également de mettre en évidence des projets qui fonctionnent, et qui auront valeur d’exemple.
Une première échéance a été fixée au 15 juin, en vue d’une annonce des lauréats à l’été 2025.
Si cet AMI marque la volonté de l’État de soutenir la production de logements par la transformation d’actifs, l’enjeu sera également de convaincre tous les acteurs, investisseurs, gestionnaires, collectivités territoriales, du fait que cette dynamique est durable et qu’elle constitue une grande opportunité.
Votre initiative s’accompagne de la mise en place de deux groupes de travail thématiques, sur le modèle financier et sur les normes de construction et d’urbanisme. Qu’en attendez-vous ?
L’expérimentation que nous mettons en place permettra d’identifier, avec les porteurs de projets et les collectivités lauréates, des freins économiques et règlementaires pesant sur les opérations : équilibre financier des opérations, règlementation de la construction, insertion dans les règles de planification locale par exemple.
À cette fin, un suivi consolidé des projets sera mis en œuvre auprès des deux groupes de travail nationaux installés par la Ministre, l’un sur la simplification des normes et l’autre sur la question du financement.
Il appartiendra aux groupes de travail d’apporter des réponses à ces blocages, en s’appuyant sur le rapport remis l’an dernier, afin de préfigurer les évolutions règlementaires et financières futures.
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