Dans son discours de politique générale, le Premier ministre, Sébastien Lecornu a annoncé un nouvel acte de décentralisation pour renforcer le pouvoir local. La promesse est belle mais les élus locaux l’ont déjà entendue. Mais cette fois, le chef du gouvernement promet de passer des paroles aux actes. Reste à voir si Paris est vraiment prêt à lâcher la bride.
Par Sébastien Fournier
On retient bien sûr du discours de politique générale de Sébastien Lecornu devant les parlementaires les concessions faites aux socialistes sur la réforme des retraites. Mais, dans son propos, il fut aussi question de méthode, d’exercice du pouvoir… et de décentralisation. Rien de neuf sous le soleil ? Pas si sûr.
L’engagement est ambitieux, et il ravive un vieux rêve des élus locaux : celui d’un État enfin recentré sur ses missions essentielles, laissant davantage de libertés aux territoires.
« Il ne faut pas décentraliser des compétences, il faut décentraliser des responsabilités avec des moyens budgétaires et fiscaux », a précisé le chef du gouvernement, annonçant un projet de loi pour décembre. L’objectif : clarifier les rôles entre l’État et les collectivités, en désignant « un seul responsable par politique publique ». Une idée séduisante sur le papier, qui vise à sortir du flou des compétences partagées et à réformer, dans le même mouvement, un appareil d’État jugé trop complexe.
Courage politique
Mais sur le terrain, la prudence domine. Les élus locaux, qui ont entendu bien des promesses de décentralisation restées lettre morte, savent combien les bonnes intentions se heurtent à la réalité des appareils administratifs. « Des propositions, on en a plein les armoires ! » ironise David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF). Car derrière les discours d’ouverture, beaucoup se souviennent des blocages venus de l’administration centrale ou des pirouettes à répétition…
Les collectivités n’attendent pas seulement une nouvelle loi. Elles attendent un changement de culture. Une reconnaissance pleine et entière de leur rôle, de leur expertise de terrain, et une confiance réelle dans leur capacité à agir. Tant que l’État se méfiera d’une autonomie locale qu’il perçoit comme une menace à son autorité, la décentralisation restera une promesse inachevée.
Pour que ce « nouvel acte » ne soit pas un énième épisode de la série des réformes inabouties ou bricolées, il faudra plus qu’un texte. Il faudra un courage politique : celui de partager le pouvoir, pour de bon.
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