Condamnés à la débrouille depuis la crise sanitaire de 2020, les maires ont fait preuve de résilience durant leur mandat tout en appliquant leurs stratégies d’investissements. Mais la séquence d’austérité budgétaire tout comme l’instabilité politique risquent à l’avenir de produire des effets délétères. L’offensive des partis extrémistes (LFI, RN) pour conquérir certaines villes en 2026 annonce un processus de recomposition politique.
Par Louis Guarino
Il y a cinq ans, c’était la sidération. La crise sanitaire de 2020 a surpris les maires de France en pleine campagne électorale : le premier tour des élections municipales a eu lieu le 15 mars, juste avant le confinement décrété le 17 mars. La pandémie les a contraints, eux et les 560 000 élus locaux du pays, à être sur le pont tout le temps. « Il y avait des décisions à prendre toutes les demi-heures » se remémore Hélène Geoffroy, maire socialiste de Vaulx-en-Velin.
A l’évidence, les mandats qui s’achèvent sont marqués au fer rouge par cette crise sanitaire. Mais pas seulement. Une kyrielle d’événements abracadabrantesques ont jeté le trouble en 2024 : dissolution de l’Assemblée nationale, élections législatives anticipées, motion de censure suivie d’une austérité budgétaire sanctuarisée dans la loi de finances 2025 avec en toile de fond, l’emprise d’une instabilité gouvernementale. De quoi donner le tournis aux élus locaux et leur donner des frayeurs pour l’avenir.
« Le calendrier électoral en 2026 est très différent de celui de 2020, marqué par le Covid-19 et une forte abstention qui a favorisé la réélection des maires sortants, analyse Michel Destot, ancien maire socialiste de Grenoble.
« Le calendrier électoral en 2026 est très différent de celui de 2020, marqué par le Covid-19 et une forte abstention qui a favorisé la réélection des maires sortants, analyse Michel Destot, ancien maire socialiste de Grenoble. Les municipales en 2026 se dérouleront un an avant l’élection présidentielle, dans un contexte politique exceptionnel avec une majorité introuvable à l’Assemblée nationale et un rejet manifeste de la classe politique, président de la République et Premier ministre en tête. » Dans les faits, il existe une réelle incertitude dans le calendrier électoral. « La mobilisation pour la campagne législative adviendra-t-elle avant ou après les municipales ? Un référendum sur l’immigration sera-t-il organisé au risque de fracturer davantage le pays ? », argumente Michel Destot.
Respecter les programmes
Du côté de leur programme, les édiles ont tracé leurs feuilles de route. Pour commencer, ils mettent un point d’honneur à montrer qu’ils ont respecté leurs engagements. « Nous avions trois thèmes prioritaires dans notre action : la sécurité, la mobilité et la qualité de vie dans les quartiers, détaille Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse. En matière de sécurité, nous sommes allés plus loin que prévu avec l’inauguration d’un nouveau commissariat de police municipale. Le nombre de policiers municipaux est passé de 165 en 2014 à 390 en 2025 ; le nombre de caméras de télésurveillance de 21 à 652 sur la même période. Aussi, l’investissement consenti en matière de mobilités est conséquent ; le projet phare, c’est la troisième ligne de métro dont le chantier initié en 2021 se déroule normalement. » Avec la création de 13 lignes de bus express à haut niveau de service, une amplitude horaire plus forte (dès 5 heures du matin) et des fréquences supérieures aux fréquences des bus classiques, la ville rose comptera à la fin du mandat une augmentation de son offre. On pourrait y ajouter le plan 100 000 arbres entre 2020 et 2030, dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique (72 000 arbres plantés en 2025). « Nous avons une démarche de végétalisation de la ville, qui fait partie de la qualité de vie, basée sur une vision de la ville dans son ensemble mais aussi une vision quartier par quartier », se félicite Jean-Luc Moudenc.
Austérité budgétaire
L’avenir se prépare plus difficilement avec l’austérité budgétaire qui intervient en fin de mandat, au moment où tous les chantiers sont engagés et en cours. « La perte de recettes entre la mairie de Toulouse et la métropole, c’est grosso modo 50 millions d’euros, affirme Jean-Luc Moudenc. Nous avons pris un certain nombre de mesures conservatoires en octobre dernier. Résultat, la totalité des embauches de la collectivité a été bloquée (non remplacement des départs à la retraite) et à titre prudentiel, nous avons baissé les subventions aux associations entre 20 et 40 %. » L’austérité budgétaire présente un autre effet délétère : les ponctions financières risquent de se reproduire et de peser mécaniquement sur le prochain mandat. « Il sera intéressant de voir si tous les candidats en tiendront compte », observe Jean-Luc Moudenc.
« Le parti de Jean-Luc Mélenchon va monter à l’assaut des grandes villes, avec des résultats qui seront importants y compris dans des alliances, cela veut dire contre le PS », pronostique Michel Destot.
Les incertitudes risquent de peser lourd pour 2026. Tout comme le climat politique national. Aujourd’hui, les grandes villes sont toutes aux mains des Républicains, du PS ou des Verts. Excepté Perpignan, le RN n’en détient aucune, tout comme LFI. « Ce qui contraste avec leur importance nationale. Cela crée une grande incertitude au regard de leur stratégie et leurs résultats électoraux », analyse Michel Destot. Du côté des Verts, en difficulté dans les sondages, « ils vont chercher à jouer la garde alternée avec le PS et LFI. Le parti de Jean-Luc Mélenchon va monter à l’assaut des grandes villes, avec des résultats qui seront importants y compris dans des alliances, cela veut dire contre le PS », pronostique l’ancien maire de Grenoble. Seule certitude, la question de la sécurité s’impose comme un thème émergent. « Les attentes des citoyens sont très fortes, pour autant, je ne suis pas certain que nos concitoyens connaissent les compétences respectives de l’État et des mairies en matière de sécurité », précise Jean-Luc Moudenc.
Désindustrialisation
L’autre sujet qui sera au cœur de la campagne est inhérent au développement économique et au risque d’une désindustrialisation. C’est ce qui fonde d’ailleurs la stratégie adoptée par le RN pour grignoter l’électorat de la droite républicaine. La relance qui a suivi la crise liée à la pandémie de Covid-19 est terminée : en décembre 2024, le niveau de la production a été inférieur de 8 % à celui de janvier 2020. Certes, le président de la République, Emmanuel Macron, s’est félicité des investissements privés à venir en France dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) d’un montant record de 109 milliards d’euros. Mais, dans le même temps, les usines sont à la peine. La vieille industrie française souffre.
« Nous avons des possibilités grâce à la Tech, au digital et à l’IA… La croissance des États-Unis est phénoménale, la Chine ralentit et l’Europe décroche au niveau du digital et de l’IA. Nous avons des talents en France. Il faut s’en saisir mais l’intendance ne suit pas. La plus grande difficulté tient aux finances locales », précise Michel Destot.
Le bilan des Territoires d’industrie a été épinglé par la Cour des comptes car les crédits manquent à l’appel. « Nous avons des possibilités grâce à la Tech, au digital et à l’IA. Nous avons à jouer un rôle important dans la compétition mondiale, martèle Michel Destot. La croissance des États-Unis est phénoménale, la Chine ralentit et l’Europe décroche au niveau du digital et de l’IA. Nous avons des talents en France. Il faut s’en saisir mais l’intendance ne suit pas. La plus grande difficulté tient aux finances locales. Dans la mesure où les communes ne peuvent lever l’impôt, en dehors de la taxe foncière, elles sont réduites à accepter le verdict national du gouvernement de François Bayrou. C’est un danger considérable. » Dont acte.
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