Il y a les textes et ce que l’on en fait. Pour les métropoles, les domaines de compétences sont définis par le code général des collectivités territoriales. Cependant, ce balisage ne leur interdit pas d’élargir leurs champs d’action à ce qui relève en principe du Département voire de la Région. Le dossier du Fonds d’aide aux jeunes en est l’exemple même.
Par Aurélie Taupin
Les jeunes adultes en situation de vulnérabilité économique le savent : le Département est l’instance vers laquelle ils doivent se tourner pour bénéficier d’un coup de pouce. Ainsi, la DREES, une direction de l’administration centrale des ministères sanitaires et sociaux, le rappelle : « Le Fonds d’Aide aux Jeunes (FAJ) est une aide de dernier recours octroyée par les conseils départementaux aux 18 à 25 ans en situation de grande difficulté sociale ou professionnelle. » Créé en 1989, ce fonds a même le mérite d’être un dispositif stable, bien connu des missions locales.
Évidemment. Bien que les métropoles dont le spectre d’action est colossal, n’aient pas ces attributions, certaines ont décidé d’aller plus loin et de s’engager aussi sur la question des jeunes en difficulté, face à la réalité urbaine spécifique de leur territoire.
Sur la Métropole Européenne de Lille (MEL), l’étude réalisée par la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement, en collaboration avec le territoire, en mars 2021 est explicite : 31,3 % des hommes à la rue et 30,8 % des femmes, ont entre 15 et 24 ans.
Trois métropoles, une même intention
Sur la Métropole Européenne de Lille (MEL), l’étude réalisée par la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement, en collaboration avec le territoire, en mars 2021 est explicite : 31,3 % des hommes à la rue et 30,8 % des femmes, ont entre 15 et 24 ans. Pourtant la MEL n’a pas attendu que ce rapport tombe pour prendre le problème à bras le corps. Dès le second semestre 2018, elle a actualisé le Fonds Métropolitain d’aide aux jeunes pour en faire le socle de sa stratégie jeunesse, avant de le faire évoluer encore un an plus tard en FAJeM. Concrètement, ce dispositif s’adresse aux jeunes métropolitains de 16 ans et plus, jusqu’à la veille de leur 25ème anniversaire. Ils doivent être en situation précaire, ou rencontrer une difficulté temporaire. Et l’aide en elle-même peut revêtir nombreux visage, de l’urgence au besoin ponctuel en passant par un caractère renforcé.
Cette prise de conscience suivie d’une politique ciselée, se retrouve dans de nombreuses métropoles. Suite à un rapport émis en 2016 conjointement par la Cour des comptes et les Chambres régionales et territoriales des comptes où il était admis que les aides étaient « insuffisamment ciblées sur les jeunes en difficulté », Saint-Etienne Métropole a ainsi également mis en place un Fonds d’Aide aux Jeunes en Difficulté (FAJD) en travaillant main dans la main avec la CAF de la Loire. Puis, constatant que la crise sanitaire de 2020 a « accru la précarité des jeunes déjà en situation délicate », elle en a doublé le montant en 2021. L’idée est la même qu’à la MEL : fournir des aides vitales et faciliter l’insertion sociale et professionnelle.
Troisième exemple de mobilisation, la Métropole Nice Côte d’Azur. L’approche est différente cette fois puisque ce dispositif, nommé FAJ pour Fonds d’Aide aux Jeunes, fonctionne sous la forme d’un appel à projet et subventionne des actions sur dépôt de dossier. Cependant, là encore, il s’agit de répondre de façon adaptée aux plus précarisés.
Un engagement qui s’avère à bénéfice double in fine, puisqu’en aidant ses jeunes, les métropoles élargissent aussi leurs champs de compétence et donc, leur pouvoir. Preuve que ces administrations sont loin d’être figées dans le rôle et demeurent maître de ce qu’elles ont envie de devenir.
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