Entretien avec Odile Batsère, présidente de l’Observatoire de l’immobilier durable
La rénovation énergétique traverse une crise. Depuis l’Observatoire qu’elle préside, Odile Batsère estime décevant l’effet des politiques publiques menées depuis une décennie. Elle propose des pistes pour rectifier le tir.
Propos recueillis par Marc Fressoz
Quel bilan tirez-vous des politiques de rénovation énergétique initiées au milieu des années 2010 ?
Malgré les aides, le mouvement a pris moins rapidement qu’espéré, sachant que le public, le privé et le tertiaire ne sont pas traités et ne réagissent pas de la même façon. Ensuite, cette rénovation n’est pas aussi efficace qu’on pourrait le penser. Des difficultés techniques empêchent parfois l’isolation extérieure. L’isolation intérieure engendre des coûts complémentaires et des mètres carrés libres diminués, impactant la valeur du logement ou des bureaux. Quant aux copropriétés, il est difficile d’accorder tout le monde sur un programme de travaux qui est très coûteux. Seuls 700 000 logements ont bénéficié d’une des quatre aides disponibles sur 30 millions de logements principaux. C’est dérisoire.
« Les dispositifs ont été mal ciblés et c’est trop compliqué. Le temps passé à obtenir les CEE coûte parfois plus cher que le gain final. »
Pour quelle raison ?
Les dispositifs ont été mal ciblés et c’est trop compliqué. Le temps passé à obtenir les CEE coûte parfois plus cher que le gain final. L’efficacité énergétique n’est pas probante car elle dépend de nombreux critères : le mode constructif du bâtiment mais aussi le pilotage des équipements – chaudières, isolation des réseaux, radiateurs – au poids largement sous-estimé jusqu’à présent.
En outre, vous pensez que les systèmes de calcul surestiment l’impact bénéfique sur le climat. Pourquoi ?
Alors que nous raisonnons en consommation, beaucoup de pays d’Europe raisonnent en matière de carbone. Cela permet une approche globale tenant compte du bilan carbone des matériaux utilisés. Les matériaux biosourcés, comme le chanvre par exemple, présentent évidemment un meilleur bilan que les matériaux composites dont la fabrication génère beaucoup de CO2. C’est tout le sujet de l’économie circulaire et du carbone embarqué.
« Outre une simplification des dispositifs, peut-être faudrait-il mieux cibler les aides sur les 20 % de logements qui sont des passoires énergétiques en France. »
Peut-on améliorer l’efficacité de cette politique ?
Outre une simplification des dispositifs, peut-être faudrait-il mieux cibler les aides sur les 20 % de logements qui sont des passoires énergétiques en France. Très touchés par la crise, les promoteurs auraient sans doute intérêt à se créer une vraie compétence en matière de réhabilitation des bâtiments. Cela éviterait les opérations menées par des entreprises peu scrupuleuses qui cherchent à capter les aides sans avoir les compétences.
Selon vous, l’adaptation au réchauffement ne sera pas à la hauteur. Pourquoi ?
Les critères retenus, par exemple pour la climatisation des bureaux dans la RE2020, sont à mon avis totalement sous-estimés par rapport à la hausse des températures qui devrait atteindre quatre degrés en 2050. C’est dans 25 ans, oui, mais on construit en général pour 50 ans. Je mets cela sur le compte du déni. Le sujet est finalement très complexe, mêlant efficacité, sobriété et adaptation, nécessitant une compétence transversale des professionnels de l’immobilier, de l’État et des territoires.
Les élus se sont-ils bien emparés du sujet ?
C’est compliqué pour les élus d’intervenir sur le parc privé de leur territoire et d’obliger leurs administrés à rénover leur logement. En revanche, l’immobilier public est souvent en avance en matière d’innovation : l’exemplarité est toujours une recette qui fonctionne bien.
Lire sur le même sujet :
Le pas si lent de la rénovation énergétique

