À trois jours du premier tour des municipales, certaines grandes villes françaises ressemblent moins à des scrutins locaux tranquilles qu’à de véritables combats urbains. À Nantes, Bordeaux, Lyon, Strasbourg et Toulouse, maires sortants, revenants ambitieux et challengers déterminés se livrent des batailles serrées. Bilans contestés, alliances improbables et ambitions de revanche : tour d’horizon de ces villes où le suspense est entier.
Par Sébastien Fournier
Nantes : Rolland face à l’union de la droite
À Nantes, Johanna Rolland joue la carte de la continuité. La maire socialiste, en poste depuis 2014, défend un programme centré sur le pouvoir d’achat, la justice sociale, le logement et la santé. Elle promet notamment d’imposer 40 % de logements sociaux et 20 % de logements abordables dans les nouveaux programmes.
Mais la campagne nantaise n’a rien d’un long fleuve tranquille. Face à elle, Foulques Chombart de Lauwe est parvenu à réaliser ce que la droite locale n’avait plus réussi depuis longtemps : rassembler ses différentes composantes, du centre jusqu’à LR.
« Il faut virer Johanna Rolland », Foulques Chombart de Lauwe, candidat de la droite et du centre à Nantes.
Entré dans la course dès octobre 2023, en franc-tireur, il avait donné le ton avec un slogan aussi direct que peu diplomatique : « Il faut virer Johanna Rolland ». Depuis, il martèle que la ville « perd de sa splendeur ».
À gauche, les Insoumis observent la situation avec méfiance et pressent la maire sortante de clarifier sa stratégie pour le second tour. Dans cette ville longtemps acquise à la gauche, les sondages signalent aussi une progression du Rassemblement national, dont le candidat Jean-Claude Hulot mène pourtant une campagne très discrète.
Bordeaux : la quadrangulaire qui fait trembler
À Bordeaux, la bataille s’annonce serrée. Pierre Hurmic, maire écologiste élu en 2020, arrive en tête dans les sondages avec 31 % des intentions de vote. Mais derrière lui, Thomas Cazenave, candidat d’une large alliance de la droite et du centre, est crédité de 26 %.
La campagne bordelaise pourrait bien déboucher sur un scénario rare : une quadrangulaire au second tour. Philippe Dessertine, classé divers centre, est donné à 17 %, tandis que Nordine Raymond, candidat de La France insoumise, atteint 11,5 %. Quatre candidats au-dessus du seuil des 10 %, et donc potentiellement qualifiés.
« En politique, il faut de la cohérence », Pierre Hurmic, maire sortant écologiste de Bordeaux.
Pierre Hurmic, lui, a déjà fermé la porte à toute alliance avec LFI entre les deux tours. « En politique, il faut de la cohérence », explique le maire sortant, rappelant que les Insoumis ont été des opposants très frontaux pendant son mandat.
La droite espère donc fédérer un vote « anti-Hurmic ». Mais l’opération reste incertaine : comme le confiait récemment un responsable LR, « ce sera compliqué car il a un bon bilan ».
Lyon : Aulas contre les Verts
À Lyon, la campagne prend des allures de duel. D’un côté, le maire écologiste sortant Grégory Doucet. De l’autre, Jean-Michel Aulas, ancien patron de l’Olympique lyonnais, qui revendique une candidature « indépendante » tout en bénéficiant du soutien d’une bonne partie de la droite et du bloc central.
Selon un tout dernier sondage OpinionWay, Aulas arriverait en tête avec 43 % des intentions de vote, contre 35 % pour Doucet, lequel gagne quelques points par rapport aux précédents sondages.
La campagne lyonnaise s’est toutefois durcie ces derniers jours après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, qui a jeté une ombre sur la fin de campagne.
La campagne lyonnaise s’est toutefois durcie ces derniers jours après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, qui a jeté une ombre sur la fin de campagne.
La confrontation s’est aussi déplacée sur le terrain idéologique. Une tribune publiée le 11 mars dans Le Monde accuse ainsi Jean-Michel Aulas d’être « le roi du béton et des notables lyonnais », dénonçant l’influence des milieux économiques derrière sa candidature. Bref, à Lyon, le débat dépasse largement les seules pistes cyclables.
Strasbourg : le retour de Trautmann
À Strasbourg, le duel a des airs de revanche politique. La maire écologiste Jeanne Barseghian affronte Catherine Trautmann, figure historique de la ville et ancienne maire socialiste dans les années 1990.
Les sondages placent pour l’instant cette dernière en tête, ce qui transforme la campagne en affrontement entre deux visions de la ville.
Jeanne Barseghian défend le bilan d’un mandat qu’elle décrit comme celui « de l’action, du rattrapage et de la réparation ».
Jeanne Barseghian défend le bilan d’un mandat qu’elle décrit comme celui « de l’action, du rattrapage et de la réparation ». Elle promet d’aller plus loin sur le logement, la mobilité, l’accès aux soins ou encore l’alimentation de qualité, tout en assumant un endettement municipal en hausse, critiqué par la Chambre régionale des comptes.
Catherine Trautmann, elle, mise sur sa notoriété et sur le désir d’alternance. L’ancienne maire promet de « remettre Strasbourg en mouvement » et de rendre à la ville sa « fierté ».
Toulouse : Moudenc sous pression
À Toulouse, Jean-Luc Moudenc pensait sans doute aborder ce scrutin plus confortablement. Mais le maire sortant divers droite, candidat à un troisième mandat, se retrouve talonné par la gauche.
Les sondages le placent autour de 33 à 34 % des intentions de vote, contre environ 30 % pour le socialiste François Briançon. Derrière eux, le candidat insoumis François Piquemal tourne autour de 20 %.
Autrement dit : le maire sortant est en tête… mais rien n’est joué.
La clé du scrutin se trouve à gauche.
La clé du scrutin se trouve à gauche. Les relations sont plutôt fraîches entre François Briançon et François Piquemal, qui se livrent une vraie guerre d’usure avant même le premier tour. Mais si leurs listes fusionnent dimanche soir, la Ville rose pourrait bien changer de couleur.
Entre quadrangulaire bordelaise, duel lyonnais, revanche strasbourgeoise et suspense toulousain, ces municipales 2026 rappellent une chose : dans les grandes métropoles, les élections locales ressemblent de plus en plus à des batailles politiques nationales… disputées sur des terrains de quartier.
Lire sur le même sujet :
Municipales 2026 : la voiture, variable sensible de l’attractivité urbaine

