Accueil Actualités Exclusif ! « Transformer nos bâtiments, c’est repenser l’organisation sociale dans son ensemble »

Exclusif ! « Transformer nos bâtiments, c’est repenser l’organisation sociale dans son ensemble »

par Sébastien Fournier
Temps de lecture : 3 minutes

À l’heure où l’État lance une expérimentation inédite en Île-de-France pour transformer des bureaux vacants en logements, la ministre du Logement, Valérie Létard, défend une approche globale, pragmatique et ambitieuse. Pour elle, il ne s’agit pas seulement de répondre à la crise immobilière, mais de repenser les usages, les territoires et les fonctions urbaines à l’échelle nationale. Une vision assumée d’un urbanisme transformé par la transition écologique, les nouvelles pratiques professionnelles et les attentes sociétales.

Propos recueillis par André Yché

Pouvez-vous situer l’expérimentation relative à la transformation de bureaux vacants en logements en Île-de-France par rapport à la politique du logement dont vous avez la charge ?

Cette expérimentation est fondamentale. Elle s’inscrit dans une politique nationale qui répond à un enjeu majeur d’intérêt général. Bien sûr, elle concerne l’Île-de-France, mais elle touche aussi de nombreuses autres métropoles – Lille, Lyon, Toulouse notamment – où l’État repense l’usage de ses bâtiments tertiaires. Derrière cette initiative, il y a un défi plus vaste : adapter tout un pan de notre immobilier économique – bureaux obsolètes, centres commerciaux, zones d’activité – aux nouveaux usages. C’est toute la France urbaine, des grandes métropoles aux villes moyennes, qui est concernée.

« Ce n’est pas seulement une crise du logement ou de l’immobilier que nous traversons, une crise purement sectorielle. C’est une mutation plus profonde. »

Je note que ce n’est pas seulement une crise du logement ou de l’immobilier que nous traversons, une crise purement sectorielle. C’est une mutation plus profonde : nos modes de travail évoluent, les attentes des nouvelles générations changent, et cela remet en question un siècle d’aménagement urbain basé sur la séparation des fonctions.

Les bureaux d’aujourd’hui ne sont plus des espaces cloisonnés : ce sont des lieux de socialisation, de construction de culture entrepreneuriale et de création croisée. Et les quartiers suivent cette évolution en devenant des ensembles multifonctionnels : mêlant habitat, travail, formation et économie sociale et solidaire.

En somme, repenser les usages de nos bâtiments, c’est repenser notre organisation sociale dans son ensemble.

Comment entendez-vous intégrer votre démarche dans la politique du gouvernement ?

Cette action s’inscrit pleinement dans la ligne du gouvernement. Elle vise des transformations profondes, à long terme, qui touchent directement la vie des Français et déterminent l’avenir de notre modèle économique et social – à commencer par le logement, l’urbanisme et l’avenir de notre filière immobilière. Sur le fond, il s’agit de répondre à des enjeux structurants.

« Nous partons du terrain : l’appel à manifestation d’intérêt permettra d’identifier ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et d’en tirer des solutions concrètes. Notre approche est avant tout pragmatique. »

Sur la méthode, nous partons du terrain. L’appel à manifestation d’intérêt permettra d’identifier ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et d’en tirer des solutions concrètes. Notre approche est avant tout pragmatique. Ces sujets concernent les citoyens, les territoires et la République.

Comment situez-vous votre action vis-à-vis de vos prédécesseurs, immédiats ou plus lointains ?

Le défi de la politique de l’immobilier et du logement est de s’inscrire dans un temps long, alors que les situations auxquelles nous devons répondre sont souvent pressantes, pour les élus ou pour les citoyens. En ce sens, un ministre du Logement doit à la fois avoir une grande humilité et une volonté forte pour transformer le modèle en anticipant le sens de l’Histoire, car l’empreinte peut être durable.

Je pense notamment à Jean-Louis Borloo, qui a lancé l’ANRU et transformé en profondeur la politique de la ville. Sans lui, nombre de quartiers prioritaires n’auraient pas connu les dynamiques de renouvellement urbain que nous connaissons aujourd’hui.

Mon ambition est de m’inspirer de ces réussites, avec simplicité, rigueur et détermination, pour répondre aux enjeux actuels et bâtir des solutions à la hauteur des attentes.

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