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La redynamisation des centres-villes, l’exemple du Grand Paris

par Sébastien Fournier
CENTRES-VILLES
Temps de lecture : 5 minutes

Face au recul des commerces et des ateliers qui font le cœur vivant des centres-villes, la Métropole du Grand Paris a engagé une action de fond depuis 2017. Investissements de plusieurs centaines de millions d’euros, création de nouveaux outils, développement de dispositifs novateurs : les moyens sont à la hauteur des enjeux.

Par Aurélie Taupin

Avec l’augmentation croissantes des locaux commerciaux vacants conjuguée à la disparition progressive des ateliers d’artisans, les centres urbains s’étiolent. Cette désertification n’est pas un phénomène isolé. Elle s’observe en effet à l’échelle de toute l’Europe et bien au-delà. Les causes sont multiples et complexes : évolution des modes de vie, essor du e-commerce, développement des centres commerciaux en périphérie des villes, notamment.

La Métropole du Grand Paris (MGP) a très tôt fait de cette problématique une priorité. Dans la foulée de sa création, elle a engagé une réflexion de fond en lançant de nombreuses concertations. Un référent a été nommé en son sein et une série de mesures innovantes a été lancée.

Un conseiller métropolitain dédié

Marie-Christine Segui, conseillère métropolitaine, s’est ainsi vue chargée du très sensible dossier des Centres-Villes Vivants. Elle revient sur la montée en puissance de la Métropole : « Au début, les élus étaient dans l’expectative. C’est normal. Puis, certains ont commencé à soumettre des projets, la Métropole les a accompagnés et le bouche-à-oreille a fait le reste ! Aujourd’hui, 108 communes ont intégré le programme Centres-Villes Vivants (CVV). C’est énorme ! »

Le programme témoigne d’une large adhésion :  sur les 130 communes composant la Métropole une très large majorité bénéficie de l’accompagnement métropolitain.

Le programme qu’elle supervise est construit avec l’ensemble des acteurs économiques et institutionnels du territoire. Il témoigne d’une large adhésion :  sur les 130 communes composant la Métropole une très large majorité bénéficie de l’accompagnement métropolitain.  Les chiffres 2024 l’illustrent : Pour les CVV, la MGP alloue un budget de 30M€ dont 20M dédiés aux centres-villes en très grande fragilité. De plus, elle propose jusqu’à 70 % de co-financement, mais aussi, parmi d’autres mesures, elle permet un accompagnement appuyé pour les communes de moins de 30 000 habitants.

La lutte contre la vacance commerciale

Il n’est pas seulement question de subventions. En quelques années seulement, la Métropole et ses partenaires se sont attachés à créer de véritables outils structurants. Premier levier majeur, la Foncière des Centres-Villes Vivants. Créée en 2023, elle est le fruit d’un partenariat entre la MGP, la Banque des Territoires, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) de Paris-Île-de-France, la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Paris-Île-de-France, la Société d’Économie Mixte d’Aménagement et de Gestion du Marché d’Intérêt National de Rungis (SEMMARIS) et enfin, le Crédit Agricole d’Île-de-France. Il s’agit d’un guichet dont l’objectif est la redynamisation commerciale des cœurs villes à travers un plan d’investissement sans précédent : 150M€ sur 10 ans.

De plus, en 2025, la MGP et la CCI Paris-Île-de-France ont renforcé leur engagement pour lancer un dispositif tourné autant vers les villes que vers les porteurs de projets : « Installe ton commerce en Métropole ». La secrétaire générale de la commission Commerce de la CCI Paris-Île-de-France, Céline Delacroix, revient sur cette volonté conjointe : « Il s’agit d’offrir un accompagnement complet : questions juridiques, règles d’hygiènes, développement durable, mais aussi pour les Villes, expertises urbanistiques pour appréhender une zone cohérente d’installation au regard d’un secteur d’activité donné. »

Une opération de redynamisation « qui ne peut pas ne pas fonctionner », comme s’en réjouie Céline Delacroix.

Après seulement six mois d’activités, l’institution recherche déjà 41 porteurs de projets pour des locaux commerciaux préemptés par des communes du territoire ou en voie de l’être, répondant à des besoins déjà identifiés. La diversité des profils des candidats est vaste : du fleuriste au réparateur de vélo, en passant par des professionnels du linge de maison, de la décoration, du bricolage, des bijoux ou des métiers de bouche. Une opération de redynamisation « qui ne peut pas ne pas fonctionner », comme s’en réjouie Céline Delacroix.

La mutualisation des bonnes pratiques

Dans le même esprit, et toujours en vue de favoriser la réimplantation de commerces ou d’artisans, la MGP a créé un Fonds d’Intervention Métropolitain pour soutenir les Actions locales en faveur du Commerce, des Services et de l’attractivité : le FIMACS. Son champ d’application s’attache aux projets d’attractivité territoriale en faveur de l’économie de proximité. Il consiste ainsi à la mise en place de programmes d’action adaptés aux enjeux de redynamisation des centres-villes et des polarités de quartiers, et s’adresse à trois entités publiques : les communes, les communes en association avec les Établissements Publics Territoriaux (EPT) et par dérogation, les Entreprises Publiques Locales.

Aussi, pour encourager le partage d’expérience, la MGP et l’association Centre-Ville en Mouvement ont créé en 2021 une déclinaison Métropolitaine des Assises du Centre-Ville. Un moment de débats et d’échanges, à l’instar des Assises Nationales et Européennes (créées respectivement en 2006 et 2018).

En 2018, le réseau métropolitain des Managers de centre-ville a vu le jour pour mutualiser les bonnes pratiques et favoriser l’intelligence collective.

Enfin, en 2018, le réseau métropolitain des Managers de centre-ville a vu le jour pour mutualiser les bonnes pratiques et favoriser l’intelligence collective. Leur rôle vise à faciliter les liens entre commerçants et artisans, d’un côté, et services de la ville, de l’autre. Avec aujourd’hui, 110 managers pour 130 communes, l’intérêt de les mettre en réseau s’impose comme un levier essentiel de structuration.

La force des réseaux

La Métropole du Grand Paris coordonne par ailleurs le Réseau Cities@Heart, à dimension européenne. Porté par le programme Urbact et les fonds FEDER de l’Union Européenne, ce Réseau s’inscrit aussi dans une démarche de revitalisation urbaine durable, dont le soutien au commerce local et la construction d’une identité forte des centres-villes. Avec 10 villes membres, au sein de 10 pays européens, Cities@Heart représente une dynamique très complémentaire.

Si les mesures métropolitaines sont nombreuses, certains acteurs regrettent un désengagement de l’État. Francis Bussière, président de la CMA Paris – Île-de-France, souligne la baisse des financements publics accordés à ces chambres consulaires.

Si les mesures métropolitaines sont nombreuses, certains acteurs regrettent un désengagement de l’État. Francis Bussière, président de la CMA Paris – Île-de-France, souligne la baisse des financements publics accordés à ces chambres consulaires. Il regrette par ailleurs la disparition des 8 CMA départementales d’Île-de-France qui ont été regroupées au niveau régional. Une rationalisation qui est loin d’être anecdotique à l’heure où le commerce se meurt et, avec lui, les centres-villes.

Francis Bussière est tous les jours confronté au terrain : « Ici, c’est le boulanger auquel on achetait les croissants frais le dimanche matin, qui prend sa retraite sans être remplacé. Là, c’est le menuisier qui était en fond de cour mais qui a dû partir, ses voisins se plaignant du bruit. Puis c’est la coiffeuse qui a fermé les portes de son salon, le prix du loyer s’étant envolé (…). »

Ces situations ne sont pas marginales, elles traduisent une réalité globale : vieillissement des dirigeants, pression locative, concurrence accrue, manque de reconnaissance des savoir-faire… Quant aux métiers d’art, le président de la CMA Paris Île-de-France, les compare aux mineurs de fonds : « ils sont invisibles et leurs conditions de travail sont souvent difficiles dans leur atelier mais ils nous apportent – qui chapelier, encadreur, peintre sur porcelaine, (…) la liste complète compte 198 métiers – les pépites qui font le soleil de nos vies. »

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