À l’occasion du MIPIM 2025, le président de la Métropole du Grand Paris (MGP), Patrick Ollier, a répondu à nos questions sur l’avenir institutionnel de la métropole. Il appelle à une réforme de la loi afin de clarifier et d’élargir ses compétences, tout en souhaitant un renforcement de ses moyens financiers. Dressant un bilan de son mandat, Patrick Ollier souligne que la MGP a investi 303 M€ dans 1 466 projets depuis sa création en janvier 2016.
Propos recueillis par Florence Guernalec
Vous avez critiqué les lois qui ont défini l’organisation et les compétences de la Métropole du Grand Paris. Quelles sont les évolutions souhaitables ?
Pour être plus efficace, la Métropole a besoin de clarification et de plus de cohérence et ce, afin de satisfaire les formidables espoirs qu’elle fait naître. Lorsque j’étais parlementaire, je me suis opposé avec force aux lois MAPTAM et NOTRe qui ont très imparfaitement posé le cadre de notre organisation territoriale actuelle. À la vue de la montée en charge des compétences et des actions de la Métropole du Grand Paris, je suis convaincu qu’il faut renforcer notre Métropole. Oui à un « acte 2 » qui implique des pouvoirs plus efficaces que seule la loi peut lui donner.
« Oui à un « acte 2 » qui implique des pouvoirs plus efficaces que seule la loi peut lui donner. »
Ce renforcement doit s’organiser dans la complémentarité et la subsidiarité avec les autres collectivités, Région ou Départements. La Métropole du Grand Paris doit pouvoir rivaliser avec les autres métropoles de rang mondial. Pour réussir, la Métropole doit être dotée de compétences transversales plus efficaces et mieux définies qu’aujourd’hui.
Ne pas se substituer aux maires, mais pouvoir conduire avec eux des politiques d’intérêt général, grâce à la réforme de la loi. En conséquence, je plaide aussi pour un renforcement du budget de la métropole avec des ressources pérennes et dynamiques.
Lors de sa création en 2016, la Métropole s’est donnée pour objectif de mettre en œuvre un rééquilibrage territorial en faveur des communes les moins bien nanties. Ce pari est-il réussi ?
La Métropole du Grand Paris agit structurellement en faveur du rééquilibrage territorial et de la solidarité, c’est l’essence même de son modèle ! La gouvernance partagée au-delà des engagements politiques lui a permis de s’engager dans ces deux priorités avec deux tiers d’investissements en faveur de l’Est et du Nord, et un tiers en faveur de l’Ouest. Grâce au Fonds d’Investissement Métropolitain (FIM), nous veillons à aider les communes qui en ont le plus besoin ; ainsi la Métropole a investi 303 M€ dans 1 466 projets au bénéfice de 127 communes et territoires.
« Grâce au Fonds d’Investissement Métropolitain (FIM), nous veillons à aider les communes qui en ont le plus besoin ; ainsi la Métropole a investi 303 M€ dans 1 466 projets au bénéfice de 127 communes et territoires. »
Les Jeux Olympiques et Paralympiques ont permis d’accélérer les investissements de la Métropole de manière équilibrée dans l’est, l’ouest ou le nord, avec notamment 6 nouvelles passerelles qui relient entre eux des quartiers difficiles d’accès, la construction ou la rénovation de 6 piscines et 2 bassins de réemploi utiles pendant les Jeux et qui bénéficieront aux habitants en héritage, et enfin, la construction du Centre Aquatique Olympique (CAO) et de sa passerelle piétonne.
La Métropole a signé, en janvier 2025, deux conventions stratégiques de coopération avec les communautés d’agglomération de Cergy-Pontoise et de Val Parisis. Quel est l’objet de ces accords ?
Ils marquent une avancée inédite pour la Métropole qui concrétise sa volonté de renforcer ses liens avec les intercommunalités voisines dans une logique de solidarité et de cohérence territoriale. Je me réjouis de ces nouvelles coopérations qui nous permettent d’engager des actions communes en lien avec nos compétences pour réduire les effets de seuil, recoudre nos territoires et relever de manière coordonnée les défis complexes de l’aménagement des espaces urbains et périurbains. Ces partenariats établissent un cadre constructif, solidaire et pragmatique, répondant aux enjeux que nous partageons.
La Métropole a participé aux investissements réalisés dans le cadre des JOP 2024. Quel en est l’héritage ?
En mobilisant plus de 215 M€, la Métropole a joué un rôle structurant et a largement participé au formidable succès des Jeux de Paris 2024. Parmi les équipements spécialement construits pour l’occasion, le CAO, ouvrage magnifique, a accueilli notamment les épreuves de natation et de water-polo.
« Le Centre Aquatique Olympique est un équipement durable, qui profitera dès mi-2025 aux Métropolitains. Car ce qui importe, c’est bien de laisser une trace dans l’Histoire de la Métropole. »
Au-delà d’être un projet architectural techniquement avancé qui se distingue par sa haute qualité environnementale, le CAO est surtout un équipement durable, qui profitera dès mi-2025 aux Métropolitains. Car ce qui importe, c’est bien de laisser une trace dans l’Histoire de la Métropole et de faire de ce lieu un espace de rencontres et de pratique sportive pour tous.
Enfin, il ne faut pas oublier que cet ouvrage a été construit en même temps qu’une passerelle de franchissement piéton de 100 mètres de long et 20 mètres de large, afin de le relier au Stade de France et d’y créer par la même occasion un tout nouveau quartier mixte et animé, la ZAC de la Plaine Saulnier. Cet aménagement participe à reconvertir le site olympique, à désenclaver une zone désormais articulée avec le centre de Saint-Denis et ainsi répondre aux besoins des habitants.
Vous avez inauguré, en janvier 2025, l’ouvrage hydraulique Seine Bassée qui est géré par l’EPT Seine Grands Lacs dont vous êtes le président. Quel est l’objet de ce tout premier casier pilote ?
En tant que président de la Métropole du Grand Paris et de Seine Grands Lacs, je suis très attaché à la solidarité de l’aval vers l’amont, mais tout autant de l’amont vers l’aval. C’est cette réciprocité qui nous manquait jusqu’à présent. C’est justement le travail en commun de Seine Grands Lacs et de la Métropole qui nous permet de mettre en œuvre la politique GEMAPI* et de limiter au maximum les inondations.
Le Casier Pilote de la Bassée, en Seine-et-Marne, dispositif stratégique de lutte contre les crues, est désormais une réalité. Depuis le 13 janvier 2025, la phase de mise en eau test se poursuit : cet ouvrage de 360 hectares et de 10 millions de mètres cubes de capacité permettra d’abaisser jusqu’à 15 cm le niveau de la Seine dans le périmètre de la Métropole. Il vient compléter l’ensemble des 4 lacs réservoirs gérés par Seine Grands Lacs.
J’ai décidé de renforcer les concours aux intercommunalités et aux syndicats de rivière de l’amont du bassin. Ici, deux objectifs : les accompagner dans la restauration et la création de zones d’expansion des crues (ZEC), et réduire le risque d’inondations autant pour les populations locales et que celles concernées en Ile-de-France.
J’ai décidé de renforcer les concours aux intercommunalités et aux syndicats de rivière de l’amont du bassin. Ici, deux objectifs : les accompagner dans la restauration et la création de zones d’expansion des crues (ZEC), et réduire le risque d’inondations autant pour les populations locales et que celles concernées en Ile-de-France. Depuis 2022, plus de 212 projets de ZEC ont été identifiés par Seine Grands Lacs, contre 6 il y a trois ans. Ils représenteront près de 7 millions de mètres cubes retenus.
De plus, nous sommes en train de construire et de signer avec les Chambres d’agriculture concernées jusqu’à l’amont, des conventions permettant d’indemniser les agriculteurs qui acceptent que leurs terres soient sur-inondées. Ces indemnisations sont payées par la Métropole du Grand Paris au moyen de la taxe GEMAPI* et sont établies en lien avec les Chambres d’agriculture et les agriculteurs eux-même.
Vous êtes président de l’Entente Axe Seine qui regroupe les EPCI du Havre à Paris. Quels sont les projets qui seront développés ?
Il est important que la présidence de l’Entente soit exercée à tour de rôle afin de favoriser l’implication de tous les territoires dans ce projet de coopération inédit. De ce fait, je suis très fier de succéder à Edouard Philippe, maire du Havre, en accord avec Anne Hidalgo, maire de Paris et Nicolas Mayer Rossignol, maire de Rouen. C’est en ce sens qu’en tant que, président de l’Axe Seine, je souhaite renforcer la place de nos EPCI membres pour co-construire avec eux une politique au plus proche des besoins de leurs territoires. Parmi les premiers projets engagés avec Nicolas Mayer Rossignol, la création de commissions thématiques sur les priorités liées aux territoires comme la GEMAPI, l’énergie, l’agriculture, le développement économique, foncier et logistique, la culture et le tourisme. Par ailleurs, l’Entente Axe Seine se réunira en juin 2025 à Rouen pour la 8ème édition des Rencontres de l’Axe Seine.
* GEMAPI : Gestion des Eaux et des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations.
Un symbole des ambitions de la MétropoleAu cours du MIPIM, la Métropole du Grand Paris et Plaine Commune ont dévoilé le projet « 360 » qui propose une expérience urbaine inédite où espaces de vie, de sport et de loisirs se conjuguent au cœur de la ZAC Plaine Saulnier à Saint-Denis. Un quartier dont la renaissance a été amorcée par la construction du Centre Aquatique Olympique. Lauréat de la 3ème édition du concours d’architecture et d’urbanisme « Inventons la Métropole du Grand Paris », ce futur lieu de mixité à l’architecture ambitieuse a pour objectif de créer une destination métropolitaine unique autour des sports urbains ! |
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