Toujours plus d’objectifs, toujours moins de moyens. Réunies au Creusot-Montceau, les grandes villes et métropoles sonnent l’alarme : alors que l’État leur demande d’accélérer la transition écologique, le PLF 2026 leur impose un effort « intenable ». France urbaine réclame désormais un vrai changement de méthode et un statut d’Autorité organisatrice de la transition écologique et solidaire.
Par Sébastien Fournier
Réunis les 16 et 17 octobre au Creusot-Montceau, les élus des grandes villes, métropoles et grandes intercommunalités de France, membres de France urbaine, ont adopté un ton ferme. Convoqués pour leurs traditionnelles « Journées », ils ont surtout exprimé leur exaspération face à un Projet de loi de finances (PLF) 2026 jugé injuste et déconnecté des réalités territoriales.
Un effort doublé pour les collectivités
L’effort financier demandé par l’État aux collectivités locales passe de 2 à 4,6 milliards d’euros. Un quasi-doublement, perçu comme une sanction pour les grandes villes. « Cette copie du PLF est inacceptable », a lancé Johanna Rolland, présidente de France urbaine et maire de Nantes.
Les élus dénoncent une « double peine » : d’un côté, des objectifs de transition toujours plus ambitieux ; de l’autre, des moyens budgétaires en recul. Plusieurs ont rappelé que les grandes collectivités, dans la loi de Finances 2025 avaient contribué déjà « 3,5 fois plus que les autres » à l’effort national de redressement.
Le DILICO dans la ligne de mire
Parmi les sujets de crispation : la reconduction du dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales des collectivités territoriales (DILICO), un prélèvement jugé opaque et déséquilibré. Sa montée en puissance dans le PLF 2026, avec un montant doublé, risque selon eux de fragiliser durablement la capacité d’investissement des territoires urbains. « Le DILICO c’est de l’infantilisation budgétaire. Et le DILICO 2 est pire », a fustigé Johanna Rolland.
Au-delà du constat budgétaire, les élus de France urbaine ont adopté une résolution forte dans laquelle figure la reconnaissance des grandes villes et métropoles comme Autorités organisatrices de la transition écologique et solidaire (AOTES).
Au-delà du constat budgétaire, les élus de France urbaine ont adopté une résolution forte dans laquelle figure la reconnaissance des grandes villes et métropoles comme Autorités organisatrices de la transition écologique et solidaire (AOTES). L’idée : leur donner les leviers nécessaires pour renforcer leur action et organiser les politiques publiques, regroupant l’énergie, la mobilité, la rénovation du bâti, l’inclusion sociale et la lutte contre les inégalités.
« Tous les éléments techniques et financiers sont prêts », a assuré Johanna Rolland, appelant à un changement d’échelle. Pour France urbaine, l’AOTES serait un outil de cohérence, de pilotage et de responsabilisation, indispensable à la réussite de la bifurcation écologique.
Réformer l’État
Invitée au Creusot-Montceau, la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel, n’a apporté aucun gage de répit budgétaire, insistant sur la participation de tous à l’effort demandé. Une petite phrase qui a fait grincer des dents dans une salle déjà lasse de payer la facture. Elle est revenue en outre sur l’acte de décentralisation souhaité par le Premier ministre, Sébastien Lecornu. « Chaque action doit avoir un responsable clairement identifié. » a t-elle fait savoir. Mais les élus redoutent une réforme administrative qui ne s’accompagnerait pas d’un véritable transfert de pouvoir.
France urbaine met en garde contre des « décentralisations sèches », c’est-à-dire des transferts de compétences sans accompagnement financier. « Décentraliser sans ressources, c’est affaiblir l’action publique », a résumé Nathalie Appéré, maire de Rennes, rappelant que les métropoles sont en première ligne sur les politiques sociales, la rénovation énergétique et la mobilité durable. La présidente de France urbaine a insisté : « La bifurcation écologique ne se décrète pas depuis Paris, elle se construit dans les territoires, avec confiance, clarté et moyens. »
L’appel final de la résolution adoptée résume bien l’état d’esprit des « Journées » : un partenariat loyal entre l’État et les grandes villes et métropoles, une visibilité financière sur plusieurs années, et une reconnaissance pleine et entière du rôle des territoires urbains dans la transition écologique.
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