Conseils et co-financements apportés aux communes membres de la Métropole du Grand Paris qui entendent innover et digitaliser leurs services, incitation à se prémunir contre les risques cyber… Geoffroy Boulard, vice-président de la Métropole, chargé de la Communication et de l’Innovation numérique, explique la spécificité du territoire en matière d’innovation.
Propos recueillis par Marc Fressoz
Toutes les Métropoles soutiennent l’innovation, mais en quoi la Métropole du Grand Paris (MGP) se distingue-t-elle des autres par son action ?
La Métropole du Grand Paris qui est la plus grande intercommunalité de France a placé l’innovation urbaine et l’innovation numérique au cœur de son projet de rééquilibrage territorial. Nous accompagnons d’abord très concrètement les communes à digitaliser leurs services, leurs systèmes d’information et à proposer aussi de nouveaux services publics à base d’intelligence artificielle à leurs habitants. La métropole développe à la fois du conseil, de l’accompagnement et du financement. Nous pouvons financer des projets de communes dont les maires s’engagent à prendre en charge jusqu’à 50 % du coût et, s’ils permettent à la ville de demain de se construire, de se moderniser, d’être plus attractive et plus solidaire.
« Depuis 2020, Innover dans la ville a permis de financer 200 projets où l’IA tient une place de plus en plus importante. »
Doté d’une enveloppe d’environ 3 millions d’euros par an, ce programme baptisé Innover dans la ville et qui fédère des experts, permet d’apporter des conseils aux maires et à leurs équipes afin de faire aboutir une idée ou d’en trouver, sur des problématiques très différentes : mobilité, habitat, recherche d’excellence pour les habitants, etc. Nous avons aussi la possibilité de financer un projet que la mairie soumet à la Métropole, ce qui nous permet aussi de mutualiser et parfois, financer des projets de plusieurs communes, tel pour le stationnement intelligent. Depuis 2020, Innover dans la ville a permis de financer 200 projets où l’IA tient une place de plus en plus importante. Les villes s’en sont emparées et les élus ont besoin de partager les expériences, de comprendre aussi les enjeux sur la donnée, d’où la création en septembre d’un Club IA métropolitain qui s’est déjà réuni trois fois.
Avez-vous des exemples de réalisations nées d’Innover dans la ville ?
Outre le système de stationnement intelligent apportant de l’information à des livreurs et à des commerçants sur les places disponibles dans les centres-villes, on peut citer la digitalisation des services aux habitants : réservation de billetterie pour les théâtres, numérisation des actes de conseil municipaux, mise en place de portail famille pour le paiement en ligne d’un certain nombre de prestations. L’intérêt est aussi de rapprocher le secteur public et le secteur privé.
Avec le dispositif Quartiers métropolitains d’innovation, s’agit-il de trouver un effet d’échelle ?
Nous sommes pionniers en Europe avec ce premier programme d’expérimentations urbaines axé sur le développement de solutions pour améliorer la vie en ville. Il réunit 10 villes qui accueillent 6 à 8 expérimentations proposées par des entreprises sur des sujets variés : biodiversité, revitalisation du centre-ville, mobilités, habitat, géothermie, hydrogène. Nous allons chercher des investisseurs et des expérimentateurs. Fin 2025 nous aurons 70 expérimentations dans 10 villes qui vont nous permettre de faire une évaluation et de les diffuser à d’autres communes lorsqu’elles ont fonctionnées. A Aulnay, Noisy-le-Grand, Sceaux, Meudon, la phase d’expérimentation qui devait durer 18 mois a été raccourcie car les communes se sont approprié un certain nombre de solutions.
La MGP incite ses communes à se prémunir contre le risque cyber, mais de quelle façon ?
Le risque cyber touche toutes les communes. Une commune sur 10 en France a été attaquée en 2025, et 35 % de ces attaques provenaient du hameçonnage. Nous avons mis en place un programme spécifique. Notre travail consiste à sensibiliser les communes à ce risque, pour stabiliser un diagnostic et mettre en place des mesures correctives. Quand il se produit, il y a un impact très direct sur les services que vous délivrez aux habitants, la cantine scolaire, les réservations. Certaines communes mettent des années à restaurer les données, à retrouver un système fiable.
« Une trentaine de communes ont adhéré en février 2025 au programme CYBIAH (Cybersécurité et Intelligence Artificielle Hub) réalisé en partenariat avec le Campus cyber à la Défense qui est la référence en la matière et qui fédère les entreprises agréées. »
Une trentaine de communes ont adhéré en février 2025 au programme CYBIAH (Cybersécurité et Intelligence Artificielle Hub) réalisé en partenariat avec le Campus cyber à la Défense qui est la référence en la matière et qui fédère les entreprises agréées. Cela rentre dans notre politique liée à l’innovation car dans un second temps, les communes peuvent bénéficier d’un soutien financier pour la mise en place de leur plan de sécurisation.
La numérisation poussée engendre un risque d’illectronisme, comment y remédier ?
La digitalisation croissante de la vie quotidienne engendre en effet un risque de fracture de plus en plus important, une frange de la population risquant de décrocher, d’où le programme Numérique pour tous, dont l’objectif est de professionnaliser les acteurs de la médiation numérique dans les communes, de financer du matériel reconditionné pour aider les structures municipales ou associatives à se développer et aller chercher les publics les plus éloignés sur des démarches de base. Nous y consacrons un budget de 3 millions d’euros.
« Nous sommes les premiers en France à mener cette action qui fait suite au désengagement de l’État au sujet de l’inclusion numérique qui a laissé beaucoup de communes et d’intercommunalités dépourvues. »
Nous sommes les premiers en France à mener cette action qui fait suite au désengagement de l’État au sujet de l’inclusion numérique qui a laissé beaucoup de communes et d’intercommunalités dépourvues. Destinée aux 131 communes de la métropole, Numérique pour tous simplifie le process et oriente les aides différemment.
Quel autre genre d’action pouvez-vous citer ?
Nous menons aussi une politique en matière d’open data métropolitain. Concrètement, la métropole acquiert des données qui sont rendues accessibles en ligne et leur permettent de prendre des décisions d’aménagement, de construction, de végétalisation sur leur commune. Par exemple, les communes peuvent croiser les données liées aux trames vertes et bleues sur un atlas de la biodiversité. Il est leur est possible d’identifier des zones où des réductions d’éclairage pourrait être nécessaire afin de préserver la biodiversité locale. C’est une aide à la décision.
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