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Comprendre pour remédier

par Sébastien Fournier
Temps de lecture : 3 minutes

Face à la montée des populismes et au sentiment de déclassement qui traverse une partie de la société, Alain Cluzet propose, dans un ouvrage, une analyse des peurs contemporaines. Sans juger, il cherche à en décrypter les ressorts pour mieux y répondre et rappelle au passage que les élus locaux disposent de leviers pour agir.

 Par Aurélie Taupin

Alain Cluzet observe et met en perspective. Docteur en urbanisme et directeur général des services (DGS), il a exercé dans des collectivités territoriales aux profils variés. Après plusieurs expériences en Île-de-France, il a poursuivi sa carrière dans des territoires très différents : la communauté d’agglomération du Grand Avignon puis, depuis octobre 2024, la ville de Reims et la communauté urbaine du Grand Reims. Autant d’expériences qui nourrissent sa réflexion, déjà développée dans six essais phares.

Son dernier ouvrage, « Les Villes face au populisme », s’attache à comprendre les mécanismes du basculement de l’opinion, en interrogeant tour à tour la modernité, la globalisation, les technologies ou encore les fractures qui traversent notre société. La ville constitue son terrain d’analyse. Que nous assistions, impuissants, à la montée des extrêmes ne le satisfait pas. Au contraire, il cherche à en comprendre les ressorts. Ce faisant, il endosse un rôle de passeur qui nous permet de mieux comprendre « les frustrations dont les discours populistes tirent parti. »

« Le populisme est un fléau qu’on ne peut combattre sur de seules bases morales du bien contre le mal », Alain Cluzet.

« Le populisme est un fléau qu’on ne peut combattre sur de seules bases morales du bien contre le mal ». En une phrase, l’auteur met en garde à la fois contre le danger lui-même, et le risque de croire qu’il suffit d’appliquer une grille de lecture manichéenne pour en venir à bout. Car derrière les votes d’extrême-droite ou d’extrême gauche, il voit à l’œuvre un mécanisme comparable : des leaders capables d’entendre les peurs voire de les attiser, afin de s’ériger comme des protecteurs.

Alain Cluzet poursuit son analyse : Les mutations en cours s’imposent souvent à l’individu à un rythme qui le dépasse, a fortiori dans les zones périphériques, que celles-ci relèvent de la banlieue délaissée ou du bourg néo-rural déconsidéré. Beaucoup ont le sentiment de ne pas trouver leur place dans le monde qui se dessine. Lorsque les transformations économiques, sociales ou technologiques semblent hors de portée, le sentiment d’abandon peut s’installer. Dans ce contexte, l’émotion prend le pas sur le raisonnement.

Plus grave encore, l’urbaniste pointe l’uniformisation progressive de nos sociétés. La biodiversité recule, la culture s’estompe, l’histoire paraît s’effacer. Résultat : l’Homme se replie sur le consumérisme pour se rassurer. Il achète donc il est. Un mécanisme qui nourrit pourtant de de l’anxiété dès que la promesse du « toujours plus » ne peut être tenue.

Ce phénomène se répercute directement sur les maires, confrontés à des demandes effarantes. Pour Alain Cluzet, les corps intermédiaires doivent jouer un rôle de régulation en rappelant certaines limites : « ce que vous me demandez relève du service individuel ; ce n’est pas raisonnable ». De plus, l’auteur plaide pour une revalorisation du rôle des élus locaux. Faute de reconnaissance et de soutien, il redoute un retour de bâton démocratique.

Alain Cluzet appelle ainsi à un sursaut républicain. Et s’il reconnait que les maires sont les derniers remparts de la démocratie locale, il rappelle aussi que ces derniers ne sont pas isolés. « L’élu a des services. Il peut se protéger et organiser son travail. » Et de souligner l’importance de la coopération : « Les maires doivent s’entraider. Une mise en réseau y contribuera. »

Une réflexion qui s’adresse à tout un chacun, élus comme citoyens.

Alain Cluzet, Les villes face au populisme,
Éd. de l’Aube, janvier 2026.
200 pages, 19€.

 

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