Le marché immobilier français donne enfin des signes tangibles de stabilisation. Selon la huitième édition de La Vigie, le baromètre trimestriel publié par la start-up GoFlint, 1 108 043 biens uniques étaient recensés au quatrième trimestre 2025, un volume quasi stable (+0,03 % par rapport au trimestre précédent).
Côté prix, la variation trimestrielle reste quasi nulle (–0,10 %), mais le cumul annuel repasse en territoire positif (+0,55 %). Un signal modeste, mais symbolique. La reprise reste néanmoins géographiquement contrastée : la Marne, la Savoie ou les Alpes-Maritimes affichent des hausses autour de +4 %, quand certaines zones rurales ou du Sud-Ouest continuent de s’éroder.
Le véritable moteur du redémarrage semble ailleurs : la performance énergétique. Les logements classés A-B progressent de +1,27 %, tandis que les biens classés C gagnent +3,13 %. À l’inverse, les DPE E reculent nettement (–3,23 %), traduisant un mouvement vers la rénovation et le repositionnement énergétique.
Le marché devient plus lisible : les biens performants tirent la moyenne, les passoires reculent.
Un marché à deux vitesses
La fracture énergétique est désormais manifeste. Hors Paris, l’écart de valorisation entre un appartement classé A-B et un bien classé G peut atteindre +75 % selon la taille du logement. Un T4 mal noté se négocie parfois presque deux fois moins cher que son équivalent performant. Pour les maisons, la décote des passoires thermiques s’établit autour de 40 % en moyenne.
Paris, en revanche, reste un cas à part : dans certains arrondissements prisés, l’emplacement prime encore sur l’étiquette énergétique. Des biens classés F ou G peuvent s’y vendre plus cher que des logements performants ailleurs. La capitale continue de distordre les statistiques nationales.
La réforme DPE 2026 : un séisme discret
Mais l’élément majeur se situe ailleurs : la réforme du coefficient de conversion énergétique de l’électricité, entrée en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2026. En effet, le passage du coefficient de 2,3 à 1,9 va mécaniquement reclasser jusqu’à 850 000 logements aujourd’hui considérés comme passoires thermiques (F ou G), sans qu’aucun travaux ne soit réalisé. Sur les 4,8 millions de résidences principales actuellement classées F ou G, cela représente une transformation massive et immédiate.
Ces logements, principalement chauffés à l’électricité, pourront basculer en E voire en D, avec des conséquences directes. Les propriétaires peuvent obtenir gratuitement une attestation via l’Observatoire DPE de l’ADEME, sans refaire de diagnostic.
Cette réforme recentre implicitement l’effort de rénovation sur les logements chauffés aux énergies fossiles et envoie un signal clair en faveur de l’électrification.
Reste une variable structurante : les taux d’intérêt. Après un point bas à 3,01 % en avril 2025, le taux moyen sur 20 ans est remonté à 3,24 % en février 2026. Les projections pour l’année oscillent entre 3,30 % et 3,50 %.
Autrement dit : la reprise est réelle, mais fragile. Le marché se stabilise, il ne rebondit pas franchement. Et la réforme DPE pourrait créer un effet d’aubaine temporaire en modifiant brutalement l’offre des passoires thermiques.
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