Martine Vassal, présidente d’Aix-Marseille-Provence, présente la feuille de route de la métropole pour les années à venir. Innovation, emploi, immobilier, transition écologique et situation géostratégique du territoire, Martine Vassal aborde les sujets majeurs qui concourent à la transformation de la métropole.
Propos recueillis par Nathalie Bureau du Colombier
En quoi Aix-Marseille se distingue-t-elle des autres grandes métropoles ?
Aix-Marseille-Provence est une Métropole Monde, un hub économique et logistique stratégique reliant l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Le port de Marseille-Fos est un pilier essentiel du commerce international, tout comme l’aéroport Marseille-Provence, le plus connecté d’Europe du Sud. Notre territoire est aussi un acteur incontournable du numérique avec ses 17 câbles sous-marins, qui nous placent en 6ème position mondiale des hubs de données. L’avenir se construit aussi à travers des projets structurants sur le long terme, comme celui d’ITER, laboratoire mondial de la transition écologique.
Quelles sont aujourd’hui les filières les plus dynamiques et stratégiques pour l’économie du territoire ?
Aix-Marseille-Provence est un territoire d’innovation où la santé occupe une place centrale. Le lancement du Marseille Immunology Biocluster en 2024 est une grande victoire ! Ce projet d’envergure mondiale positionne notre métropole comme un pôle incontournable de l’immunothérapie. Notre ambition s’exprime aussi dans la transition énergétique, la logistique et le maritime. L’aéronautique, avec Airbus Helicopters, poursuit son essor en misant sur l’innovation bas carbone tout en préparant l’usine du futur. L’innovation culturelle les industries créatives jouent un rôle clé. Notre ambition est claire : structurer une filière d’excellence, du cinéma aux arts numériques pour renforcer notre rayonnement culturel et économique.
« Notre métropole représente un véritable levier de reconquête industrielle pour la France et de souveraineté économique pour l’Europe. »
Enfin, je dois souligner notre feuille de route pour le développement industriel du Golfe de Fos et l’Étang de Berre, adoptée en décembre 2024 et corédigée avec l’État et la Région Sud. Notre métropole représente un véritable levier de reconquête industrielle pour la France et de souveraineté économique pour l’Europe.
Quels sont les leviers qui ont renforcé l’attractivité de la métropole auprès des investisseurs étrangers ?
Depuis 2016, nous avons renforcé la lisibilité et l’attractivité de notre métropole avec une stratégie économique claire et des filières d’excellence structurées. Cette attractivité nous permet d’accueillir des investisseurs étrangers majeurs, à l’image de Tajima, qui a choisi La Ciotat pour se développer. Le groupe japonais qualifie notre territoire de « balcon de l’Afrique ». Mais c’est également la décision de l’américain « Plug & Play », un des leaders mondiaux de l’accompagnement et du financement des Licornes de la Tech, qui fait le choix de venir de la Silicon Valley pour accompagner, ici, l’innovation des entreprises africaines et méditerranéennes. Nous poursuivons cette dynamique avec la marque One Provence chargée de promouvoir notre territoire à l’international.
Vous avez toujours cherché à renforcer les liens avec l’Afrique. L’Inde semble désormais occuper une place clé. Comment ces partenariats s’articulent-ils et quelles sont vos priorités ?
L’Afrique et la Méditerranée ont toujours été au cœur de notre stratégie d’attractivité. Nous soutenons activement Emerging Valley, qui a permis, depuis sa création, de rassembler plus de 12 000 acteurs de l’innovation africaine sur notre territoire et nous avons lancé Soft Landing Provence Africa Connect pour faciliter l’installation d’entreprises africaines. Désormais, nous tissons aussi des liens forts avec l’Inde, un acteur clé des échanges internationaux. C’est tout le sens du positionnement de Marseille sur le corridor IMEC*. L’ouverture d’un Consulat général d’Inde à Marseille démontre l’intérêt de ce pays pour notre territoire, tout comme le leader indien du Numérique, INFOSYS, qui avait fait le choix de s’implanter sur Marseille dès 2018, notamment pour travailler avec CMA-CGM.
Quels sont les projets immobiliers emblématiques qui vont transformer le territoire dans les prochaines années ?
Nous avons récemment voté notre nouveau dispositif de programmation de l’offre foncière et immobilière pour les entreprises. Il vise à développer 10 millions de mètres carrés supplémentaires pour les activités économiques à l’horizon 2040 et permettre la création de 140 000 emplois. Aussi, nous modernisons notre réseau de pépinières à Istres, Fos-sur-Mer et Miramas et le développons avec la création d’une nouvelle pépinière pour les entreprises innovantes à Pertuis. Enfin, nous sommes engagés avec l’État, la Région Sud, le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et la ville de Marseille dans l’Opération d’Intérêt National Euroméditerranée.
« Nous avons lancé un plan d’investissement de 50 M€ pour moderniser et étendre nos pépinières d’entreprises, afin d’accueillir les industries de demain. »
Nous avons lancé un plan d’investissement de 50 M€ pour moderniser et étendre nos pépinières d’entreprises, afin d’accueillir les industries de demain. Dans le domaine de la « Fabrique de la Ville », nous poursuivons la transformation de Marseille avec Euroméditerranée 2 qui intègre mobilités douces, efficacité énergétique et nouveaux espaces verts. Dans le domaine des énergies renouvelables, le projet Carbon Lab à Istres sera un cluster dédié à la recherche et à la formation sur le photovoltaïque, consolidant notre ambition d’une industrie propre et compétitive au service de la souveraineté énergétique.
L’amélioration des mobilités a été l’un des fondements de la création de la métropole. Huit ans après, où en est-on ?
Nous nous sommes engagés à investir 300 millions d’euros par an sur 10 ans pour la mobilité dans le cadre du plan Marseille en grand. Nous voulons permettre à plus de 90 % des métropolitains d’accéder à un transport en commun en moins de 15 minutes d’ici 2030. Nous déployons le Réseau Express Métropolitain avec 26 lignes de cars à haut niveau de service. Grâce au plan « Marseille en Grand », nous renforçons également notre réseau urbain avec de nouvelles rames automatisées du métro de Marseille, l’extension du tramway et des lignes de Bus à Haut Niveau de Service dès 2025.
Un téléphérique reliera, d’ici 2029, la gare de Vitrolles à l’aéroport Marseille-Provence en passant par Airbus Helicopters. Nous soutenons aussi le fret ferroviaire et les mobilités douces, comme je le disais. Nous avons triplé le nombre de pistes cyclables et lancé un service de vélos électriques à Marseille.
Comment la Métropole accompagne-t-elle les entreprises et les habitants dans la transition écologique et énergétique ?
Notre ambition est claire : faire d’Aix-Marseille-Provence le premier pôle industrialo-portuaire décarboné de la zone Euromed-Afrique. Avec la transformation du port de Marseille-Fos, nous accélérons la transition vers une industrie plus propre et plus compétitive. Notre engagement se traduit également par le déploiement d’un parc éolien offshore à Fos-sur-Mer et à Port Saint-Louis-du-Rhône, la structuration de la SPL Énergies de Provence et le renforcement d’infrastructures de captation et réutilisation du CO₂ pour réduire les émissions industrielles.
« Nous développons une véritable « trame bleue et verte » dans le cadre du Démonstrateur de Ville Durable en Méditerranée que nous portons ensemble, Métropole et EPA Euroméditerranée, dans le cadre du programme France 2030. »
Notre politique urbaine intègre des projets emblématiques comme la boucle de géothermie Thassalia et le Parc des Aygalades de 14 hectares en plein cœur de ville. Ainsi, nous développons une véritable « trame bleue et verte » dans le cadre du Démonstrateur de Ville Durable en Méditerranée que nous portons ensemble, Métropole et EPA Euroméditerranée, dans le cadre du programme France 2030.
*IMEC : corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe.
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